Ce jeudi, une page symbolique s’est tournée en Ituri. Johnny Luboya Nkashama, Gouverneur militaire de la province, a officiellement fait ses adieux aux populations ituriennes. La cérémonie avait lieu lors de la pose de la première pierre du futur bâtiment du Gouvernorat, un projet attendu depuis plusieurs années et qui incarne l’espoir d’une administration plus proche et plus efficace.
Devant les autorités provinciales, les chefs coutumiers, les représentants de la société civile et une foule nombreuse, le Général Luboya a choisi ce moment fort pour livrer son dernier message à la tête de la province. Loin d’un simple discours de départ, il a voulu laisser une empreinte : celle du pardon et de l’unité.
Dans un ton grave mais plein d’espoir, le Gouverneur sortant a invité chaque Iturien à dépasser les rancunes. Il a rappelé que les divisions, les conflits communautaires et les cycles de violence ne profitent qu’à ceux qui veulent voir l’Ituri s’enfoncer.
"Nous ne bâtirons rien de durable si nous continuons à nous regarder comme des ennemis. La paix définitive que nous appelons de nos vœux commence dans nos cœurs, dans nos familles, dans nos villages. Apprenons à nous pardonner mutuellement. Tournons la page des divisions", a-t-il déclaré.
Cet appel au pardon n’était pas anodin. Il intervient dans un contexte où l’Ituri reste marquée par des tensions intercommunautaires et l’activisme de groupes armés. Pour Johnny Luboya, la réconciliation est le préalable à tout développement. Sans cohésion sociale, même les plus beaux bâtiments resteront vides de sens.
La pose de la première pierre du nouveau Gouvernorat n’était pas qu’un acte protocolaire. Ce futur bâtiment est pensé comme le symbole d’un État qui se reconstruit. Plus moderne, plus accessible, il devra accueillir les services de l’exécutif provincial et offrir de meilleures conditions de travail aux agents publics.
Pour le Gouverneur militaire, ce chantier représente la transition : quitter le provisoire pour entrer dans la durée. "Aujourd’hui nous posons une pierre. Demain, nous poserons les bases d’une gouvernance apaisée, transparente et au service de tous", a-t-il souligné.
Le projet prévoit des infrastructures adaptées aux enjeux sécuritaires et administratifs de la province. Il vise aussi à redonner à Bunia le visage d’une capitale provinciale digne, capable d’attirer des investissements et de restaurer la confiance des citoyens envers leurs institutions.
Nommé Gouverneur militaire dans un contexte de crise sécuritaire aiguë, Johnny Luboya Nkashama aura dirigé l’Ituri pendant une période marquée par l’état de siège. Son mandat a été placé sous le signe de la lutte contre les groupes armés, du retour de l’autorité de l’État et de la recherche de solutions politiques aux conflits locaux.
En faisant ses adieux au moment même où s’ouvre le chantier du nouveau Gouvernorat, il a voulu transmettre un message de continuité. Son départ ne signifie pas un abandon, mais le passage de relais pour consolider ce qui a été engagé.
Le message final du Général Luboya résonne comme un legs. Il ne s’adresse pas seulement aux autorités qui lui succéderont, mais à chaque citoyen. La construction du bâtiment du Gouvernorat ne suffira pas si les mentalités ne changent pas.
La paix définitive en Ituri, a-t-il insisté, ne viendra ni des fusils ni des discours seuls. Elle viendra de la capacité des communautés à se parler, à se reconnaître et à bâtir ensemble. Le pardon mutuel devient alors l’outil politique le plus puissant.
Alors que les travaux du futur Gouvernorat démarrent, l’Ituri se tient à un carrefour. Entre le souvenir des blessures et l’ambition de reconstruction, le choix est clair pour Johnny Luboya : faire de cette nouvelle pierre angulaire le fondement d’une province réconciliée avec elle-même.
Son adieu n’est donc pas une fin. C’est une invitation. Une invitation à transformer les ruines de la division en fondations solides pour la paix.
Biobe Mugheni