Le procès de l’ancien chef d’état-major général des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), le général Christian Tshiwewe Songesa, a officiellement débuté ce jeudi 4 juin 2026 devant la Haute Cour militaire de Kinshasa. Cette audience très attendue intervient dans un climat politique et sécuritaire tendu.
L’ex-patron des FARDC est visé par des charges particulièrement lourdes. L’acte d’accusation fait état de la détention illégale d’un important arsenal de guerre découvert lors d’une perquisition menée en juillet 2025 à sa résidence privée, située dans la commune huppée de la Gombe.
Selon le ministère public, les éléments saisis comprennent plusieurs dizaines de fusils d’assaut de type kalachnikov, des lance-roquettes RPG-7 ainsi que plusieurs milliers de munitions de différents calibres. Les enquêteurs évoquent également du matériel militaire de communication. La découverte de cet arsenal, en dehors de tout cadre officiel de stockage des FARDC, constitue le cœur du premier volet des poursuites engagées.
Pour l’accusation, la possession de ces armes par un haut gradé, même à la retraite, sans autorisation explicite du commandement suprême, représente une violation grave du Code pénal militaire et de la loi portant régime général des armes et munitions. La défense, de son côté, devrait plaider la régularité de certaines dotations liées à la fonction.
Au-delà de la détention d’armes, le général Tshiwewe est poursuivi pour des faits présumés de complot. Le parquet militaire soutient que l’officier supérieur aurait été impliqué, entre 2020 et 2025, dans une entreprise visant à porter atteinte à l’ordre constitutionnel établi en République démocratique du Congo.
Les détails de ce présumé complot armé n’ont pas encore été entièrement exposés à l’audience. Toutefois, l’acte d’accusation mentionne des contacts, des réunions et une organisation logistique qui auraient été mis en place sur plusieurs années. Ces éléments, s’ils sont confirmés, pourraient alourdir considérablement la peine encourue par l’ancien chef d’état-major général.
Nommé à la tête des FARDC en octobre 2022 avant d’être remplacé en décembre 2024, le général Christian Tshiwewe Songesa est une figure centrale de l’appareil sécuritaire congolais de ces dernières années. Son procès est donc suivi de près par la classe politique, la société civile et les partenaires internationaux de la RDC.
L’audience de ce 4 juin a été essentiellement consacrée à l’identification du prévenu et à la lecture des charges retenues. Le tribunal a ensuite renvoyé l’affaire à une date ultérieure pour permettre à la défense de préparer ses moyens.
Ce dossier judiciaire intervient dans un contexte où les autorités congolaises affirment vouloir renforcer la lutte contre l’impunité au sein des forces de défense et de sécurité. Il pose aussi la question sensible de la gestion des stocks d’armes et du contrôle des anciens hauts responsables militaires.
Le procès du général Tshiwewe s’annonce long et complexe. La Haute Cour militaire devra établir si la détention de cet arsenal relevait d’un manquement administratif ou d’une volonté délibérée de constituer une force parallèle. Elle devra également examiner la matérialité et la portée des faits de complot allégués.
En attendant la suite des débats, l’ancien chef d’état-major général reste présumé innocent. La défense a d’ores et déjà annoncé qu’elle contestera l’ensemble des accusations portées contre son client, dénonçant un dossier « politiquement motivé ». Les prochaines audiences permettront d’entendre les premiers témoins et de verser au dossier les pièces à conviction saisies en juillet 2025.
Yves Sayo