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Carburant en flambée : L’inflation baisse, mais le portefeuille des Congolais saigne toujours
By GéantRadio
Published on 29/05/2026 13:12
ÉCONOMIE

Alors que les chiffres de l’inflation laissaient espérer un répit, un nouveau facteur de tension s’impose dans le quotidien des Congolais : la flambée des prix à la pompe. Depuis plusieurs mois, le taux d’inflation en République démocratique du Congo marque un net ralentissement. Mais cette embellie macroéconomique risque d’être vite éclipsée par la progression récente des produits pétroliers, directement liée aux turbulences géopolitiques au Moyen-Orient.  

Dans une note de conjoncture consacrée aux répercussions de la crise au Moyen-Orient sur la sécurité alimentaire, les experts alertent sur un effet domino. Les tensions sur les marchés internationaux font déjà grimper les cours du pétrole, avec des conséquences immédiates sur l’économie nationale. Le gouverneur de la Banque centrale du Congo, André Wameso, l’avait anticipé début mai lors du Comité de politique monétaire. Son analyse est claire : l’évolution du baril dictera le rythme des prix à Kinshasa et en provinces. 

« Si la situation s’améliore, cela aura une conséquence directe sur le prix du pétrole. Les prix vont baisser, et nous aurons un réajustement à la pompe chez nous, avec une décélération de l’inflation. Si la crise se maintient au niveau actuel, nous continuerons à avoir un prix du pétrole autour de 100 dollars. C’est le scénario de base. Nous aurons des contraintes, mais ce sera dans la continuité de ce que nous observons aujourd’hui », avait-il déclaré. Puis il a posé le scénario noir : « Si la situation s’aggrave, le prix du pétrole peut grimper et dépasser 150 dollars ».

Les statistiques de la BCC confirment que l’alerte n’est pas théorique. Sur un mois, le litre d’essence a augmenté de 10,1 %, le diesel de 7,9 % et l’huile raffinée de 11,4 %. Des variations brutales qui frappent directement les ménages et les opérateurs économiques.

En RDC, le transport routier reste la colonne vertébrale de l’économie. Plus de 80 % des marchandises circulent par route. Quand le carburant devient plus cher, les coûts logistiques suivent. Les transporteurs répercutent, les commerçants ajustent, et ce sont les prix des denrées sur les marchés qui grimpent. Le mécanisme est rapide et mécanique. 

Pour les familles aux revenus modestes, l’équation devient difficile. Se déplacer coûte plus cher. Se nourrir aussi. Une part croissante du budget mensuel est désormais absorbée par les dépenses incompressibles : transport, alimentation de base, énergie. L’effet est d’autant plus fort que la RDC dépend fortement des importations pour se nourrir. Céréales, poissons congelés, viandes, huiles : une grande partie vient de l’étranger. Toute perturbation sur les chaînes d’approvisionnement mondiales se transmet donc sans filtre aux étals de Kinshasa, Lubumbashi ou Goma.  

Sur le papier, la tendance est positive. L’inflation annuelle moyenne était d’environ 17,9 % en 2024. Elle est tombée à 7,5 % en 2025. Sur les trois premiers mois de 2026, elle tourne autour de 2,2 %. C’est une décélération nette, saluée par les analystes. 

Mais il faut nuancer : une inflation qui ralentit ne veut pas dire que les prix baissent. Elle signifie seulement qu’ils augmentent moins vite. Sur le terrain, le panier de la ménagère continue de coûter plus cher qu’hier. La perception reste donc très éloignée des indicateurs.  

La situation est plus critique dans les zones affectées par l’insécurité. Dans l’Est du pays notamment, les déplacements de population, la fermeture de certains axes et la réduction des activités économiques affaiblissent déjà les moyens de subsistance. Ajouter une hausse du carburant revient à comprimer davantage le pouvoir d’achat de ménages déjà fragilisés. L’accès à l’alimentation et aux soins devient un défi quotidien. 

Le recul de l’inflation donne un peu d’air à l’économie congolaise. Mais la dépendance aux importations pétrolières et alimentaires rend le pays très sensible aux chocs extérieurs. La crise au Moyen-Orient rappelle que la stabilité des prix à la pompe n’est jamais acquise. Sans diversification énergétique et sans renforcement de la production locale, chaque tension internationale risque de se traduire par une nouvelle pression sur le pouvoir d’achat.

Yves Sayo 

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