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Mortalité carcérale en hausse : Enock Batsotsi interpelle directement le garde des Sceaux
By GéantRadio
Published on 15/05/2026 14:36
POLITIQUE

La crise humanitaire qui frappe les établissements pénitentiaires du Nord-Kivu vient de franchir un nouveau palier dans le débat public. Le député national Enock Batsotsi Nyamwisi, élu du territoire de Beni, a saisi officiellement le ministre de la Justice et Garde des Sceaux par le biais d’une question écrite.

Son objectif : obtenir des réponses claires sur l’état alarmant des prisons de Kangwayi à Beni et de Kakwangura à Butembo, qu’il qualifie sans détour de véritables « mouroirs ».

Dans son courrier, l’élu décrit un tableau sombre où se mêlent négligence sanitaire, malnutrition et conditions d’hygiène indignes. L’absence de soins médicaux adaptés, conjuguée à des rations alimentaires insuffisantes, a entraîné une série de décès qui se répètent depuis plusieurs mois. Pour le député, ces pertes humaines ne relèvent plus d’incidents isolés mais d’un phénomène systémique qui endeuille régulièrement les familles des détenus.

Au-delà de l’urgence sanitaire, Enock Batsotsi pointe une défaillance structurelle de l’appareil judiciaire. De nombreux détenus restent incarcérés pendant des années sans avoir été jugés, bien au-delà des délais légaux prévus pour la détention provisoire. Cette paralysie administrative contribue directement à la surpopulation carcérale. Des centaines de personnes se retrouvent ainsi privées de leur droit fondamental à un procès équitable, entassées dans des cellules saturées où la dignité humaine est quotidiennement bafouée.

L’élu souligne que cette situation est d’autant plus préoccupante que les deux prisons concernées se situent dans une province déjà fragilisée par des années de conflits armés. La combinaison entre instabilité sécuritaire et défaillance des services publics transforme ces lieux de détention en zones à haut risque pour la vie et la santé des détenus.

La démarche parlementaire prend la forme d’une série de dix questions précises adressées au ministre de la Justice. Le député demande d’abord des éclaircissements sur la gestion des fonds publics alloués à l’entretien des prisons et à la prise en charge des détenus. Il s’interroge sur l’usage réel de ces ressources et sur les raisons du silence officiel face à la multiplication des décès.

Enock Batsotsi réclame également la présentation d’un plan national de désengorgement des prisons, avec des mesures concrètes et applicables à court terme. Il souhaite comprendre pourquoi les autorités continuent d’incarcérer dans des structures déjà engorgées, alors que des alternatives comme la libération conditionnelle ou le bracelet électronique existent dans le droit congolais.

Enfin, l’honorable député attend des engagements fermes sur les réformes urgentes à mettre en œuvre pour humaniser le système pénitentiaire. Il insiste particulièrement sur la nécessité d’adapter ces réformes aux réalités des zones meurtries par la guerre, où l’accès aux soins et à la justice est déjà limité pour la population civile.

À travers cette interpellation, Enock Batsotsi met le gouvernement face à ses obligations constitutionnelles et internationales en matière de droits humains. Le droit à la vie, à la santé et à un procès dans un délai raisonnable ne saurait être suspendu, même en contexte de conflit. Le silence des autorités face à ces dérives, écrit-il, revient à entériner une logique de punition extrajudiciaire.

L’initiative relance le débat sur l’état des prisons en RDC, un sujet régulièrement soulevé par les organisations de défense des droits humains mais rarement suivi d’effets concrets. Pour les familles de Beni et Butembo, l’attente d’une réponse ministérielle est désormais un test de la volonté politique de Kinshasa à traiter ses citoyens, même détenus, avec dignité.

La question écrite devrait être inscrite à l’ordre du jour des prochaines séances de l’Assemblée nationale. Reste à voir si le ministre de la Justice apportera des réponses précises et un calendrier d’action, ou si ce nouvel appel restera sans suite comme tant d’autres avant lui.

Yves Sayo 

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