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22 juillet : Kinshasa en mode duel - C64 pour la Constitution, USN pour Tshisekedi
By GéantRadio
Published on 17/07/2026 03:16
POLITIQUE

Le calendrier politique congolais s’accélère. La Coalition Article 64, désignée C64, a officiellement saisi les autorités pour organiser une grande manifestation pacifique le mercredi 22 juillet à Kinshasa. L’information a été confirmée par une lettre adressée le 4 juillet au gouverneur de la ville, avec copies au vice-premier ministre en charge de l’Intérieur, au commissaire provincial de la police, à l’administrateur général de l’Agence nationale de renseignements, ainsi qu’aux bourgmestres des dix communes concernées.

Ce courrier porte la signature de cinq figures majeures de l’opposition : Martin Fayulu, président de l’ECiDé, Jean-Marc Kabund, coordonnateur de l’A.Ch, Moïse Katumbi, président d’Ensemble, Augustin Matata Ponyo, président du LGD, et Delly Sesanga, président d’Envol. Unis sous la bannière de l’article 26 de la Constitution, ils revendiquent le droit constitutionnel de manifester pacifiquement.

Dans leur notification, les leaders de la C64 fixent clairement l’objectif de la mobilisation. Il s’agit d’abord de réaffirmer l’attachement des citoyens au respect strict de la Constitution, à la défense de l’État de droit et à la préservation de l’ordre constitutionnel. Il s’agit ensuite de déposer un mémorandum au président de la République.

Le dispositif annoncé est précis. Selon l’annexe jointe, les manifestants sont appelés à converger vers le Palais de la Nation dès 9 heures. Quatre points de rassemblement sont prévus, correspondant aux quatre districts de la capitale : Tshangu, Mont-Amba, Funa et Lukunga. Chaque cortège empruntera un itinéraire distinct avant de fusionner pour un sit-in devant la présidence.

Les organisateurs prennent également des engagements. Ils assurent qu’ils encadreront eux-mêmes le déroulement du cortège afin de garantir la fluidité du trafic et le caractère strictement pacifique du rassemblement. Ils sollicitent par ailleurs l’accompagnement des autorités pour sécuriser les participants et éviter tout débordement.

Cette mobilisation n’est pas une surprise. Elle était initialement prévue au début du mois de juillet. Elle avait été reportée à la suite d’une médiation régionale. Sa reprogrammation intervient dans un climat politique particulièrement tendu.

Au cœur des tensions, un projet de révision constitutionnelle. L’opposition accuse le pouvoir de vouloir l’utiliser pour lever la limitation des mandats présidentiels. Pour la C64, descendre dans la rue le 22 juillet est une manière de dire non à toute tentative de remise en cause des acquis démocratiques.

La réponse du camp présidentiel ne s’est pas fait attendre. Le même 22 juillet a été choisi par l’Union sacrée de la Nation, la plateforme qui soutient le président Félix Tshisekedi, pour organiser sa propre contre-mobilisation.

L’annonce a été faite ce jeudi soir par le secrétaire permanent de l’USN, André Mbata, au sortir d’une réunion du présidium de la plateforme. Selon lui, l’USN manifestera non seulement à Kinshasa, mais aussi dans tous les chefs-lieux de province et au sein de la diaspora.

Le motif invoqué est tout autre. André Mbata parle d’une nécessité de faire front contre une prétendue tentative de coup d’État. Il désigne des « individus alliés du Rwanda et de l’AFC/M23 » comme étant à l’origine de ce complot. Pour justifier la mobilisation, il se réfère à l’article 64 de la Constitution, qui fait un devoir à tout Congolais de s’opposer à toute tentative de renversement de l’ordre constitutionnel.

Le secrétaire permanent a profité de l’occasion pour réaffirmer un soutien « sans réserve » au président Félix Tshisekedi. Il le présente comme le seul rempart contre toute velléité de balkanisation du pays. Il a tenu à préciser que la manifestation de l’USN ne vise pas à empêcher l’opposition d’exercer son droit de manifester.

La coïncidence des dates installe donc une situation inédite. Le 22 juillet, Kinshasa accueillera deux grandes mobilisations politiques concurrentes. D’un côté la C64 qui veut défendre la Constitution. De l’autre l’Union sacrée qui dit défendre le président et l’intégrité du pays.

Cette superposition inquiète. Elle intervient alors que la majorité présidentielle elle-même traverse une zone de turbulences. L’UDPS, parti présidentiel, a publiquement pris ses distances avec l’appel à manifester lancé par l’USN. Cette division interne fragilise davantage le dispositif et alimente les spéculations sur la capacité des autorités à encadrer la journée.

Pour les observateurs, le 22 juillet s’apparente à un véritable test politique. La manière dont les deux camps géreront leurs cortèges, et dont les forces de l’ordre assureront la sécurité, sera scrutée de près tant au niveau national qu’international.

Entre revendication démocratique et logique de confrontation, la capitale s’apprête à vivre une journée charnière. Le défi pour tous les acteurs sera de faire en sorte que l’expression politique ne vire pas à l’affrontement, et que la rue reste un espace de débat et non un terrain de bataille.

Yves Sayo 

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