Dans la République Démocratique du Congo, l’actualité politique de ces derniers mois s’est cristallisée autour d’une question lourde de conséquences : faut-il changer la Constitution ? D’un côté, ceux qui y voient la clé d’une adaptation aux défis du temps présent. De l’autre, ceux qui craignent qu’ouvrir le texte fondamental n’ouvre aussi la boîte de Pandore des divisions, des instrumentalisations et des fractures. Le débat est légitime. Il est même nécessaire dans une démocratie. Mais il devient dangereux lorsqu’il transforme les citoyens en camps irréconciliables.
C’est dans ce climat tendu que le pasteur Marcello Tunasi a choisi de prendre la parole. Pas pour trancher. Pas pour désigner un camp. Mais pour rappeler l’essentiel. Son message frappe par sa sobriété et sa hauteur. Il ramène le Congo à ce qui le fonde au-delà des calculs politiques : une nation, un peuple, une destinée commune.
« Ma mission première demeure la prédication de l’Évangile », dit-il. Cette phrase n’est pas une fuite. C’est un repositionnement. Dans un pays où chaque voix audible est sommée de se prononcer pour ou contre, le pasteur rappelle que l’Église n’a pas pour vocation de se substituer aux partis. Sa vocation est plus haute : annoncer l’amour de Dieu, rassembler autour des valeurs du Royaume, panser ce que la politique divise.
Le plus fort de son intervention tient en une image simple : la famille spirituelle. À l’église, dit-il, prient côte à côte des proches du pouvoir, de l’opposition, et des citoyens sans étiquette. Choisir un camp, ce serait scinder cette famille que Dieu a confiée. C’est là que réside toute la force prophétique du message. Car la RDC n’a pas besoin aujourd’hui de nouveaux murs. Elle a besoin de ponts.
Le pasteur pose ensuite les repères non négociables de son engagement : la justice, la paix, l’égalité, le développement, la dignité humaine, le bonheur du peuple congolais. Ce ne sont pas des slogans. Ce sont des boussoles. Qu’on soit pour ou contre une révision constitutionnelle, ces valeurs doivent rester le critère de jugement. Une réforme qui piétine la justice n’est pas une réforme. Un statu quo qui sacrifie le développement n’est pas une sagesse. Le débat doit donc s’élever au-dessus des postures.
Sa mise en garde est claire : « Nous faisons déjà face à suffisamment de défis et d’ennemis pour éviter de nous déchirer entre nous ». Le Congo porte le poids des conflits à l’Est, de la pauvreté, du chômage des jeunes, de l’accès difficile aux soins et à l’éducation. Dans ce contexte, chaque énergie gaspillée dans la haine interne est une victoire offerte à l’adversité. Ce n’est pas le temps des affrontements inutiles, martèle-t-il. C’est le temps du dialogue, du respect mutuel, de la sagesse et de l’unité.
Cette posture n’est pas de la naïveté. C’est du courage. Car appeler à l’unité quand les passions sont à vif, c’est accepter d’être mal compris des deux côtés. Mais c’est aussi rappeler une vérité constitutionnelle avant même la Constitution : une nation ne tient que si ses enfants acceptent de se regarder comme frères, même quand ils pensent différemment.
« Respectons les convictions des uns et des autres sans nous mépriser ni nous détruire », conclut-il. Voilà une règle simple, mais révolutionnaire. Elle n’interdit pas le désaccord. Elle l’encadre. Elle nous rappelle que l’adversaire politique n’est pas un ennemi de la nation. Que l’on peut défendre une vision du Congo sans diaboliser celle du voisin. Que l’honneur de la patrie passe avant l’ivresse de la victoire partisane.
En bénissant finalement la RDC, ses autorités, son peuple et toute l’Église du Christ, le pasteur Marcello Tunasi replace le débat dans une perspective plus grande que nous. Il nous rappelle que les Constitutions passent, les mandats passent, les générations passent. Mais le Congo demeure. Et ce Congo-là mérite mieux que nos divisions.
Puisse son message être entendu non comme une neutralité frileuse, mais comme un appel à la responsabilité. Aux politiques, il dit : débattez, mais ne déchirez pas. Aux citoyens, il dit : engagez-vous, mais ne haïssez pas. À l’Église, il rappelle : rassemble, ne divise pas.
Au moment où la nation s’interroge sur les mots de sa loi fondamentale, écoutons celui qui nous parle des lois de notre humanité commune. Elles sont plus anciennes, et elles resteront quand les articles auront changé.
Que le Seigneur bénisse la République Démocratique du Congo.
Rédaction