À l’occasion du match très attendu opposant la République Démocratique du Congo à la Colombie cette nuit à 3h du matin, les autorités de la ville de Kinshasa ont anticipé les contraintes de mobilité liées à un horaire nocturne. L’objectif : permettre à des milliers de supporters de vivre l’événement sans se soucier du retour à domicile.
Sous l’impulsion du gouverneur de la ville, Daniel Bumba Lubaki, et avec l’appui de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale CNSS, un dispositif exceptionnel de transport urbain est déployé. Baptisé "Bus de nuit ya Ofele", ce service spécial vise à sécuriser et fluidifier les déplacements des Kinois à la sortie des retransmissions et rassemblements prévus pour le match de la RDC.
Consciente que les rencontres du Mondial 2026 se jouent souvent en décalage horaire avec Kinshasa, la ville a conçu un plan de transport adapté. Pour cette première phase, deux nuits clés sont concernées : du 23 au 24 juin et du 28 au 29 juin 2026. Ces dates correspondent aux matchs programmés de la sélection congolaise en phase de groupes.
Concrètement, dix lignes spéciales de la société de transport TRANSCO seront mises en circulation de 22h à 6h du matin. Ce créneau horaire couvre l’avant-match, la rencontre elle-même, et surtout la période post-match, souvent la plus critique en termes de sécurité et d’accessibilité des transports publics.
Le choix du nom "ya Ofele" n’est pas anodin. En lingala, "Ofele" renvoie à l’idée de gratuité ou de service rendu sans contrepartie immédiate. Si les modalités tarifaires précises n’ont pas encore été détaillées par la mairie, l’appellation traduit la volonté politique de faciliter l’accès au transport pour tous, en particulier pour les jeunes et les familles aux revenus modestes qui se mobilisent pour soutenir les Léopards.
La force du dispositif repose sur la couverture géographique. Les dix lignes spéciales ne se limiteront pas au centre-ville. Elles desserviront les principaux axes et communes de la capitale, des zones les plus denses aux quartiers périphériques. L’idée est simple : quel que soit le lieu de retransmission, stade de martyrs, fan zones, bars et espaces publics, chaque supporter doit pouvoir rallier son domicile sans rupture de charge.
TRANSCO, opérateur public, met donc à contribution l’ensemble de sa flotte disponible pour ces nuits blanches. Les bus seront positionnés en amont des principaux points de rassemblement. Des agents seront mobilisés pour orienter les passagers et garantir un embarquement ordonné, même après 3h du matin.
Le soutien de la CNSS dans cette opération souligne la dimension sociale du projet. Au-delà de l’événement sportif, il s’agit de protéger les travailleurs et citoyens qui souhaitent vivre le Mondial sans prendre de risques sur la route. La CNSS, en tant qu’acteur de la protection sociale, apporte ainsi son appui logistique et financier pour rendre le service accessible.
Le gouverneur Daniel Bumba Lubaki a insisté sur deux axes : la sécurité des Kinois et la désengorgement des routes. Les matchs de nuit génèrent traditionnellement une forte affluence vers minuit et au-delà, avec une pression sur les taxis, motos et bus classiques. En proposant un maillage de bus dédiés, la ville réduit les temps d’attente, limite les trajets à pied dans des zones mal éclairées, et encadre les flux de personnes.
Des points de coordination avec la police et les services de sécurité seront activés le long des itinéraires. L’éclairage des arrêts principaux sera renforcé pour ces deux nuits. L’administration urbaine invite par ailleurs les organisateurs de fan zones à relayer l’information afin que le public anticipe son retour.
Au-delà du Mondial, "Bus de nuit ya Ofele" pourrait servir de projet pilote. Kinshasa manque cruellement d’offres de transport structurées après 22h. Si l’opération s’avère concluante en termes de fréquentation et de sécurité, elle pourrait inspirer un service régulier de bus de nuit, au moins les week-ends et jours de grands événements.
Pour cette nuit du 23 au 24 juin, face à la Colombie, tout est donc prêt. Les Léopards auront le soutien de tout un peuple, et ce peuple pourra rentrer chez lui en toute sérénité grâce à un service public mobilisé pour l’occasion.
Rendez-vous à 3h du matin. Et pour ceux qui feront la nuit blanche, les bus TRANSCO seront au rendez-vous jusqu’à 6h.
Yves Sayo