À la veille de son premier match sur la scène mondiale, Sébastien Desabre a livré une conférence de presse d’une grande densité tactique et émotionnelle. Le sélectionneur français de la République Démocratique du Congo, en poste depuis 2022, aborde ce mercredi 17 juin à Houston l’entrée en lice des Léopards face au Portugal, à 19h heure de Kolwezi dans la Province du Lualaba. Un baptême du feu contre l’une des nations les plus armées du tournoi.
Interrogé sur le statut hiérarchique des deux équipes, Desabre n’a rien masqué. « On connaît bien cette équipe, mais on va jouer avec nos forces. On a des qualités à faire valoir et on va se lancer dans la partie avec un plan de jeu, avec toute la motivation nécessaire et l’excitation de jouer contre une grande nation ».
Pour le technicien de 49 ans, la logique de favori ne fige rien. « Dans le football, rien n’est joué d’avance. C’est sûr qu’il y a un favori et un challenger demain, on sera challenger et on aime bien cette position ». L’objectif du premier tour est clairement posé : engranger 3 à 4 points sur les trois rencontres pour viser les 16es de finale. Une cible réaliste, portée par un groupe soudé depuis quatre années de travail continu avec le même staff.
La RDC retrouve la Coupe du Monde après plus d’un demi-siècle d’absence. Plutôt que de parler de poids, Desabre préfère évoquer la récompense. « Si on est ici, c’est le travail de quatre ans avec le même groupe, le même staff. C’est déjà une première récompense d’être ici, pour nous et pour tous les Congolais ».
Il mise sur l’état d’esprit : « Le plus important pour nous, c’est de montrer une bonne image dans l’état d’esprit, dans le courage, dans l’abnégation ». Les joueurs, dit-il, sont « très frais, très excités ». Aucune appréhension, selon lui, même face à l’enjeu. Une sérénité déjà démontrée lors des barrages.
Desabre a été particulièrement élogieux envers la Seleçao. « Le Portugal a les qualités pour être dans le dernier carré, au minimum. Ils sont favoris ». L’analyse porte sur le jeu collectif portugais : possessions travaillées, mouvements incessants, déséquilibres offensifs capables de mettre en difficulté n’importe quelle défense.
Concernant Cristiano Ronaldo, le message est clair et collectif. « Un seul individu ne peut pas l’arrêter, c’est collectivement qu’il faut l’arrêter ». Le sélectionneur insiste : Ronaldo reste « sans doute un des meilleurs joueurs de l’histoire du football », très décisif et influent. Mais le danger ne se limite pas à lui. « Il n’y a pas que lui dans cette équipe ». Le défi sera donc global, notamment sur coups de pied arrêtés, secteur où le capitaine portugais excelle. Petite pique pleine de fair-play : « Je lui souhaite de marquer dans cette Coupe du Monde mais je ne lui souhaite pas de marquer demain ».
La préparation des Léopards a été chamboulée par l’épidémie d’Ebola en RDC. Le stage prévu à Kinshasa devant les supporters a été annulé. L’équipe a basculé directement en Belgique, puis a dû se redéployer en France après l’annulation d’un match amical en Espagne.
Desabre se veut stoïque : « On doit changer nos plans, on change de plan. Mentalement ça ne nous pose aucun problème ». Le vrai regret concerne les supporters. « On a été très touchés et très tristes que la majorité de nos supporters du pays qui nous ont suivis partout ne puissent pas voyager ». 120 millions de Congolais suivront la rencontre à distance. « On va essayer de transmettre les bonnes vibrations à distance en essayant de leur donner du plaisir sur le terrain ».
Lucide sur le ranking, Desabre s’en sert comme carburant. « Il y a une réalité, on est la 42e équipe sur les 48 qualifiés, au classement FIFA. C’est une réalité qui nous donne encore plus de motivation ». Aucune crainte affichée avant le coup d’envoi, seulement le souhait « que ce soit une belle partie de football ».
Desabre pose un cadre pragmatique. Respect total pour le Portugal et Ronaldo, plan de jeu collectif, ambition d’atteindre les 16es, et fierté de représenter une nation en attente depuis 52 ans. Les Léopards entrent dans la compétition sans complexe, avec la volonté de faire vibrer tout un pays malgré la distance.
Etienne Kankwende/ Rédaction