Ce jeudi 11 juin 2026 s’ouvre une Coupe du monde inédite à plus d’un titre. Pour la première fois dans l’histoire du football, trois pays co-organisent la compétition reine : les États-Unis, le Canada et le Mexique. Un triptyque nord-américain qui promet des superlatifs. 48 nations prendront part au tournoi, contre 32 auparavant. 104 matchs sont programmés, répartis dans 16 villes hôtes. L’enjeu est clair : succéder à l’Argentine de Lionel Messi, championne du monde en titre.
Sur le papier, la fête s’annonce grandiose. Dans les faits, l’édition 2026 démarre sous haute tension. Le contexte politique américain bouleverse l’esprit même du Mondial. Sous l’administration de Donald Trump, les États-Unis multiplient les mesures restrictives aux frontières et sur le sol national. Des décisions qui frappent de plein fouet plusieurs délégations, officiels et supporters.
En 2017, Gianni Infantino, président de la FIFA, posait un principe simple : “Les supporters et officiels d’une équipe qualifiée pour la Coupe du Monde doivent avoir accès au pays organisateur, sinon il ne s’agit pas d’une Coupe du monde”. Neuf ans plus tard, ce discours semble relégué au passé.
Entre refus de visas, contrôles drastiques et déploiement de l’ICE, la police anti-migratoire américaine, l’accès au territoire est devenu un parcours du combattant. À cela s’ajoute la question sanitaire. La 17e épidémie d’Ebola qui touche l’est de la République démocratique du Congo entraîne des restrictions ciblées. Résultat : des supporters congolais basés à Kinshasa ne pourront pas assister au match des Léopards contre le Portugal, prévu le 17 juin 2026 à Houston.
La délégation iranienne subit un traitement particulièrement sévère. La présence d’un membre du staff technique ayant servi dans les Gardiens de la Révolution suffit à justifier des mesures d’exception. L’équipe nationale iranienne devrait effectuer des allers-retours systématiques avant et après ses matchs, sans possibilité de séjourner aux États-Unis.
Cette situation révèle la politisation croissante du football. Les tensions entre Washington et Téhéran autour du programme nucléaire iranien et du contrôle du détroit d’Ormuz, par où transitent 20% du pétrole et du gaz liquéfié mondial, s’invitent jusque dans les stades.
Le continent africain est l’une des principales victimes de cette politique migratoire. Plusieurs sélections qualifiées, dont la Côte d’Ivoire et le Sénégal, font face à des restrictions partielles ou totales. Les officiels ne sont pas épargnés. Omar Artan, arbitre somalien désigné meilleur arbitre africain 2025 par la CAF, a vu sa première Coupe du monde lui échapper. Arrivé à Miami, il a dû repartir pour la Turquie. La FIFA a confirmé son retrait. Consolation : il officiera la Super Coupe d’Europe PSG vs Aston Villa.
Le message de Marco Rubio, Secrétaire d’État américain, est sans ambiguïté : “Un billet de match n’est pas un visa”. Une phrase qui résume la nouvelle doctrine américaine.
Même les délégations exemptées de visa ne sont pas à l’abri. Le système d’autorisation électronique en ligne devient un filtre supplémentaire. Plusieurs joueurs évoluant en Premier League, à l’image de Noah Sadiki avec Sunderland, constatent que le refus se généralise. Rien ne sera simple. L’expression “vigilance orange” prend tout son sens pour éviter tout désastre logistique.
Donald Trump utilise cette Coupe du monde comme une tribune politique à cinq mois des élections de mi-mandat de novembre 2026. Omniprésent, il multiplie les apparitions. Son slogan “America First” guide toutes les décisions, y compris dans le sport. Le symbole est fort : hué lors de la finale 3 des playoffs NBA entre les Knicks et les Spurs, le président incarne un climat de division qui contraste avec l’unité prônée par le football.
Il y a 32 ans, en 1994, Bill Clinton accueillait le premier Mondial organisé aux États-Unis. Aucun climat délétère, des stades pleins, une fête populaire. Le sacre du Brésil de Romario et Bebeto reste dans les mémoires.
En 2018, la Russie de Vladimir Poutine et en 2022, le Qatar ont su offrir une organisation saluée par les observateurs. En 2026, le risque est grand de voir une “fête ovale” plutôt que ronde, dénaturée par des mesures sécuritaires excessives en plein été.
Face à ces défis, un appel à la responsabilité est lancé aux dirigeants africains. Les présidents de fédérations proches de Patrice Motsepe et Gianni Infantino doivent saisir cette alerte. Sans stratégie et sans indépendance financière, le football africain risque de subir durablement ces politiques.
Samuel Eto’o, président de la FECAFOOT, ne manquera pas de rappeler ces enjeux lors de ses prochains échanges avec la FIFA. D’autant que le calendrier africain se réorganise : après la CAN 2027 au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie, la compétition passera sur un cycle de quatre ans. Le CHAN, cher à feu Issa Hayatou, disparaît du paysage.
Du 11 juin au 19 juillet 2026, la planète football retiendra son souffle. Mais cette Coupe du monde ne se jouera pas uniquement sur les terrains. Elle se jouera aussi dans les aéroports, aux postes de contrôle, dans les ambassades.
Le “Trumpisme” a pris le pouvoir dans la sphère footballistique. Les délégations protestent, la caravane avance. Entre sport, politique et sécurité, le Mondial 2026 restera celui de tous les contrastes. Un test grandeur nature pour l’idée même d’universalité que porte la FIFA.
Rédaction