La crise qui secoue l’Action pour la Rupture et le Développement, ARDV, a franchi un nouveau palier ce Mercredi 10 Juin à Lubumbashi. Le siège interfédéral du parti, situé sur l’avenue Mpolo, s’est transformé en véritable champ de bataille entre militants rivaux, sous le regard des forces de l’ordre déployées en masse.
Selon plusieurs témoins, tout est parti de l’arrivée du député provincial Samuel Kilolo, secrétaire interfédéral nommé par Jacques Kyabula. Accompagné de quelques militants, il s’est présenté au siège avec l’intention de reprendre possession des lieux. Sur place, il s’est heurté à la résistance de la nouvelle équipe déjà installée. Cette aile, qui se réclame de John Ngandu Kaswamanga, revendique la gestion légitime du parti au niveau provincial.
Malgré le déploiement de plusieurs éléments de la Police nationale congolaise et de véhicules d’intervention, la situation a rapidement dégénéré. Des militants des deux camps en sont venus aux mains. Coups de poing, jets de chaises en plastique, insultes : la violence s’est déchaînée devant le siège de cette formation politique membre du présidium de l’Union Sacrée.
Conduits par Samuel Kilolo, les partisans de Jacques Kyabula ont dénoncé l’usage de gaz lacrymogènes par la police. D’après eux, les forces de l’ordre sont intervenues au moment où ils tentaient de déloger les proches de John Ngandu Kaswamanga qui occupaient le bâtiment. L’intervention policière, loin de calmer les esprits, a encore attisé la colère des militants qui crient à la partialité.
Pour le Dr Jean Rick, chargé de la mobilisation de l’ARDV, l’origine de la crise est administrative et politique. Il affirme que le ministre provincial de l’Intérieur n’avait pas qualité pour installer l’aile de John Ngandu Kaswamanga dans le siège fédéral. Le camp Kyabula juge cette installation illégale et y voit une manœuvre orchestrée pour écarter l’ancien gouverneur de sa propre formation politique.
Dans ce climat délétère, la réception des frondeurs par le gouverneur intérimaire du Haut-Katanga, Martin Kazembe, a mis le feu aux poudres. Les proches de Jacques Kyabula accusent ouvertement Martin Kazembe d’attiser les divisions et de jouer un rôle actif dans la déstabilisation de l’ARDV. Cette audience officielle est perçue comme une reconnaissance politique de l’aile dissidente.
Présent sur les lieux, le secrétaire général de l’ARDV, Hubert Mwamba, arrivé quelques heures plus tôt dans la capitale du cuivre, a tenté de calmer les esprits. Il a multiplié les échanges pour convaincre les membres de l’aile dissidente de la position défendue par la direction du parti, notamment sur la question sensible de la révision de la Constitution. Ses interventions n’ont toutefois pas permis d’éviter l’escalade.
De son côté, le député provincial John Ngandu Kaswamanga, figure de proue de l’aile opposée à Jacques Kyabula, est sorti brièvement du siège pour parler aux militants rassemblés à l’extérieur. Il a ensuite regagné l’enceinte sous la protection du service de sécurité interne du parti, pendant que la police continuait d’encadrer les militants de l’autre camp afin d’éviter une escalade de la violence.
Ces incidents illustrent les profondes divisions qui traversent aujourd’hui l’ARDV. Se présentant comme la deuxième force politique de la province avec huit députés provinciaux, le parti est désormais scindé en deux blocs rivaux qui revendiquent chacun la légitimité de sa direction.
La fracture s’est accentuée après la démission de Jacques Kyabula de ses fonctions de gouverneur du Haut-Katanga. Une partie des cadres et élus accuse l’ancien gouverneur d’avoir instauré une gestion autocratique de la formation politique et a officiellement pris ses distances avec son leadership. Ce camp dissident revendique le soutien de quatre députés provinciaux et affirme avoir repris le contrôle de plusieurs structures du parti, dont le siège provincial.
Face à lui, quatre autres députés provinciaux ainsi qu’un sénateur restent fidèles à Jacques Kyabula et continuent de reconnaître son autorité politique au sein de l’ARDV.
À ce jour, les deux camps se considèrent chacun comme les représentants légitimes du parti. Cette crise de leadership, dont l’issue demeure incertaine, pourrait avoir des répercussions majeures sur le paysage politique du Haut-Katanga. L’enjeu est d’autant plus grand si l’élection du nouveau gouverneur et vice-gouverneur est confirmée par la Commission électorale nationale indépendante, CENI.
Entre accusations de putsch interne, intervention policière contestée et silence de Jacques Kyabula, l’Action pour la Rupture et le Développement donne l’image d’un navire à la dérive. L’Union Sacrée, dont le parti est un pilier au Katanga, observe. Mais pour combien de temps encore ?
Lambert Mwamba