L’opposant Moïse Katumbi hausse le ton face au projet de révision constitutionnelle porté par le président Félix Tshisekedi. Dans une déclaration sans ambiguïté, l’ancien gouverneur du Katanga compare la Constitution à un vêtement que l’on ne saurait « changer à volonté » et dénonce le franchissement d’une « ligne rouge » par le pouvoir en place. Il appelle à la mobilisation populaire et demande au chef de l’État de retirer son initiative pour éviter des violences.
Depuis plusieurs semaines, la majorité présidentielle évoque la nécessité d’adapter la Loi fondamentale aux « réalités politiques actuelles ». Si les contours exacts du texte n’ont pas encore été rendus publics, plusieurs cadres de l’Union sacrée ont laissé entendre que des modifications touchant au nombre de mandats présidentiels et à l’équilibre des institutions seraient envisagées. Cette perspective a immédiatement ravivé les tensions sur la scène politique congolaise.
S’exprimant devant la presse à Deutsche Well, Moïse Katumbi a estimé que la Constitution « n’est pas une chemise qu’on change à volonté ». Pour le président du parti Ensemble pour la République, toute tentative de révision motivée par des intérêts politiques immédiats fragiliserait l’État de droit et la stabilité du pays. Il considère que la Constitution de 2006, issue d’un large consensus, reste le socle du pacte républicain et ne peut être modifiée sans un débat national inclusif.
Selon Moïse Katumbi, toucher aux dispositions verrouillées, notamment celles relatives au nombre et à la durée des mandats présidentiels, constituerait une rupture du contrat démocratique conclu avec le peuple congolais. Il accuse le pouvoir de vouloir « confisquer l’alternance » et rappelle les crises passées liées aux tentatives de maintien au pouvoir. Pour lui, la stabilité institutionnelle doit primer sur les calculs partisans.
L’opposant a annoncé une série de manifestations pacifiques dans les grandes villes du pays au cours des prochaines semaines. L’objectif affiché est de sensibiliser l’opinion publique et de faire pression sur les institutions pour stopper le processus de révision. Il a exhorté les organisations de la société civile, les confessions religieuses et les partenaires internationaux à se prononcer clairement sur ce qu’il qualifie de « menace contre la démocratie ».
Dans son intervention, Moïse Katumbi a directement interpellé le président Félix Tshisekedi. Il l’invite à « renoncer à cette initiative afin d’éviter que du sang ne soit versé ». Rappelant les épisodes de 2015 et 2018, il souligne que toute modification constitutionnelle contestée a historiquement entraîné des tensions sociales majeures. Il estime que la responsabilité première du chef de l’État est de garantir la paix et la cohésion nationale.
Du côté de l’Union sacrée, plusieurs responsables minimisent la portée des critiques. Ils soutiennent que la Constitution prévoit elle-même des mécanismes de révision et que toute démarche se fera dans le respect des procédures légales. Un conseiller à la présidence, sous couvert d’anonymat, a indiqué que le chef de l’État consultera toutes les forces vives avant de trancher. Aucune communication officielle n’a encore détaillé le calendrier ni le contenu exact du projet.
Les plateformes citoyennes restent divisées. Certains mouvements, comme la LUCHA, ont déjà exprimé leur opposition à toute révision jugée « inopportune ». D’autres organisations appellent à un dialogue national pour évaluer la pertinence d’une réforme, à condition qu’elle ne touche pas aux principes intangibles. Les confessions religieuses, par la voix de la CENCO, ont réitéré leur attachement au respect de la Constitution et plaidé pour l’apaisement.
La Constitution congolaise prévoit en son article 220 des matières non révisables, dont la forme républicaine de l’État, le principe du suffrage universel, le nombre et la durée des mandats du président de la République. Toute tentative de modification de ces dispositions ouvrirait un débat juridique complexe et pourrait être portée devant la Cour constitutionnelle. Sur le plan politique, l’initiative relance le débat sur l’alternance et la consolidation démocratique, à moins de deux ans des prochaines échéances électorales.
Si le projet est maintenu, les observateurs redoutent une polarisation accrue de la classe politique et des mobilisations de rue d’ampleur. À l’inverse, un retrait de l’initiative pourrait apaiser les tensions mais fragiliser la majorité face à sa base, qui réclame des réformes institutionnelles. La communauté internationale suit le dossier de près, rappelant régulièrement l’importance du respect des textes et des engagements régionaux en matière de gouvernance.
La sortie de Moïse Katumbi cristallise les craintes d’une partie de l’opposition et de la société civile face à une possible révision constitutionnelle. En qualifiant la Constitution de bien commun qui ne se « change pas à volonté », l’opposant replace le débat sur le terrain des principes et des précédents historiques. La balle est désormais dans le camp du président Félix Tshisekedi, dont la réponse déterminera le climat politique des prochains mois en République démocratique du Congo.
Yves Sayo