Réunie en session extraordinaire ce samedi 7 juin 2026 dans la capitale congolaise, l'Église du Christ au Congo (ECC) a pris une position ferme sur le débat autour d’une éventuelle révision constitutionnelle. Par la voix de son porte-parole, la confédération des Églises protestantes estime que le contexte sociopolitique actuel impose un préalable non négociable : l’ouverture d’un dialogue national inclusif et apaisé.
Dans sa déclaration finale, l'ECC rappelle que toute initiative de réforme de la Loi fondamentale doit impérativement s’inscrire dans le respect du cadre constitutionnel existant. Elle cite notamment les articles 5, 218, 219 et 220 de la Constitution du 18 février 2006. L’article 5 consacre la souveraineté du peuple, tandis que les articles 218 à 220 encadrent strictement les procédures de révision, verrouillant certaines matières comme la forme républicaine de l’État ou le nombre de mandats présidentiels.
Pour l’ECC, ignorer ces balises reviendrait à fragiliser le pacte républicain. « Aucune réforme ne peut prospérer sans l’adhésion des principales forces vives de la Nation », souligne le communiqué. L’institution religieuse considère donc que le respect de la procédure et la recherche du consensus sont les seuls garants de la légitimité d’un tel processus.
Fidèle à son rôle de sentinelle morale et sociale, l'Église du Christ au Congo exhorte l’ensemble des partis politiques, de la majorité comme de l’opposition, ainsi que la société civile, à recourir au dialogue démocratique. Elle le présente comme « la voie idoine » pour désamorcer les tensions et bâtir un avenir commun.
Pour appuyer sa démarche, l’ECC s’adosse à un large corpus juridique international. Elle fait explicitement référence aux résolutions 2773 et 2808 du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui insistent sur la résolution pacifique des différends et la participation inclusive aux processus politiques. S’y ajoutent les résolutions pertinentes de l’Union africaine et de l’Union européenne, qui prônent le dialogue comme instrument de prévention des conflits.
L’institution protestante évoque également « les accords de Washington et de Doha », présentés comme des modèles de médiation ayant permis de rapprocher des positions antagonistes dans d’autres contextes de crise. Par ces références, l’ECC entend inscrire la situation congolaise dans une dynamique régionale et internationale de concertation.
Le message délivré par le porte-parole de l’ECC se veut à la fois ferme sur les principes et ouvert sur la méthode. À travers une formule imagée, il a résumé l’état d’esprit attendu : « Ne construisons pas des murs, mais jetons des ponts ».
Cette métaphore traduit la volonté de l’Église de voir émerger des espaces de discussion plutôt que des logiques de confrontation. L’objectif, selon l’institution, est de dépasser les clivages partisans pour se concentrer sur l’intérêt supérieur de la Nation.
En conclusion de son adresse, le porte-parole a lancé un appel au sens des responsabilités : « Ensemble, par un esprit de dépassement de soi et de dialogue constructif, nous pouvons trouver des solutions consensuelles et durables pour le bien de notre peuple ».
Par cette déclaration, l’ECC se positionne une nouvelle fois comme un acteur de médiation dans le paysage congolais. Elle place le dialogue au cœur de toute réforme institutionnelle majeure, estimant qu’aucune modification de la Constitution ne saurait se faire sans un large accord national.
Cette prise de position intervient alors que le débat sur la révision constitutionnelle refait surface dans l’espace public congolais, suscitant des réactions contrastées au sein de la classe politique. La voix de l’ECC, qui représente plusieurs millions de fidèles, pèse lourd dans l’équation et pourrait influencer la suite du processus.
L’institution n’a pas précisé les modalités pratiques du dialogue qu’elle appelle de ses vœux. Elle invite cependant toutes les parties prenantes à faire preuve de bonne foi et à privilégier l’apaisement, afin d’éviter que la question constitutionnelle ne devienne un nouveau facteur d’instabilité.
Yves Sayo