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Exode ou fuite ? Le Grand Kasaï et le Grand Bandundu se vident pendant que le sud s’enrichit
By GéantRadio
Published on 03/08/2026 08:40 • Updated 03/08/2026 08:43
SOCIÉTÉ

Depuis plusieurs mois, un mouvement de population s’intensifie entre le centre du pays et le sud-est de la RDC. Des habitants du Grand Kasaï et du Grand Bandundu quittent massivement leurs provinces d’origine pour tenter leur chance à Lubumbashi, dans le Haut-Katanga, ou à Kolwezi, dans le Lualaba. 

Derrière ce déplacement, les raisons se recoupent mais ne se ressemblent pas. Pour certains, il s’agit de retrouver un conjoint ou des proches déjà installés. Pour d’autres, c’est la faim, le chômage et l’insécurité qui poussent au départ. Et pour une partie de la jeunesse, c’est l’université qui attire.

Les témoignages recueillis sur la route dressent le portrait d’un exode intérieur aux causes multiples, mais aux conditions de voyage presque toujours identiques : longues, coûteuses et éprouvantes.

Pendant la saison sèche, le trafic s’intensifie sur l’axe qui relie le sud-est au centre du pays. Des véhicules privés quittent Lubumbashi et Kolwezi chargés de produits manufacturés : sacs de riz, cartons de savon, vêtements, pièces détachées. Destination : Mbuji-Mayi et Ngandajika.

Au retour, ces mêmes camions et 4x4 se transforment en transports de passagers. Ils embarquent des familles entières du Grand Bandundu et du Grand Kasaï qui veulent rejoindre le Haut-Katanga par la route. 

Mbuji-Mayi reste le point de passage incontournable. C’est là que se forment les convois, que se négocient les places et que commencent les jours d’attente avant un départ.

Madeleine Nzeba, mère de six enfants, vient de Tshitolo, dans le territoire de Katanda. Elle quitte son village pour rejoindre son mari à Lubumbashi. Son récit est direct.

« Dans le Haut-Katanga, si tu as un peu d’argent, tu peux te débrouiller et manger avec les enfants. Ce n’est pas le cas ici. Nous avons la famine. Difficile de vêtir les enfants. Tu fais le champ, on te vole les récoltes. La souffrance dépasse les limites ! »

Son histoire reflète celle de nombreuses femmes qui n’espèrent plus de récolte suffisante et qui ne voient plus d’avenir dans l’agriculture locale. L’absence de débouchés et l’insécurité dans les champs accélèrent la décision de partir.

Pour d’autres hommes, le départ est lié à l’effondrement d’activités autrefois porteuses. Un voyageur rencontré à Mbuji-Mayi l’explique simplement : 

« Je partais dans les mines de diamant. Actuellement, il n’y a plus de minerais. Je pars à Lubumbashi. D’autres personnes sont aussi parties. Si je ne parviens pas à entreprendre, je vais rentrer ici ».

Le glissement est clair. Du Kasaï, où l’exploitation artisanale du diamant marque le pas, vers le Lualaba et le Haut-Katanga, où l’activité minière industrielle et artisanale autour du cuivre et du cobalt continue d’attirer une main-d’œuvre venue de tout le pays.

Cette migration économique n’est pas nouvelle, mais elle prend aujourd’hui une ampleur visible, avec des départs qui concernent des villages entiers.

Antho Ngalula, venue de Lufira, décrit l’ampleur du phénomène dans sa région : 

« Notre village est resté vide. C’est du côté de Lufira. Près de dix villages se vident. Tous partent dans le Haut-Katanga. Les jeunes partent, les femmes et les enfants ».

Le départ n’épargne aucune catégorie. Les jeunes hommes partent d’abord, souvent pour chercher du travail. Ils sont suivis par les femmes et les enfants, dans le cadre de regroupements familiaux. Les écoles rurales perdent leurs élèves, les marchés leurs vendeuses, et les champs leurs cultivateurs.

À côté des motivations économiques, la poursuite des études reste une raison forte. C’est le cas de Nsuanansuana, jeune étudiant venu de Kikwit. 

« Je pars étudier à Lubumbashi. Mon grand frère est là-bas. Il a fait ses études-là. Il m’attend là-bas. C’est lui qui va me prendre en charge », explique-t-il.

Lubumbashi concentre plusieurs établissements d’enseignement supérieur et attire des étudiants venus de toutes les provinces. Le réseau familial joue ici un rôle déterminant : un frère, un oncle ou un cousin déjà sur place devient le point d’ancrage pour le nouvel arrivant.

Si les motivations divergent, les conditions de transport, elles, sont vécues de la même manière : difficiles.

Les véhicules qui assurent la liaison sont surchargés. Hommes, femmes, enfants et bagages s’entassent. Certains passagers, faute de place à l’intérieur, voyagent sur le toit. Les convois peuvent transporter plus de cent personnes à la fois.

Le trajet dure plusieurs jours. Les pannes, les barrières, la poussière et la chaleur rendent le parcours épuisant. Pour les familles avec de jeunes enfants, le voyage devient une épreuve physique. Pour les étudiants qui partent avec peu de moyens, c’est un pari sur l’avenir.

Plusieurs passagers dénoncent le manque de sécurité et le coût élevé du transport, alors même qu’ils quittent des zones frappées par la précarité.

Cet exode vers Lubumbashi et Kolwezi s’inscrit dans une dynamique plus large. Le sud-est de la RDC, porté par l’économie minière et un tissu urbain plus développé, attire depuis des années. Mais la crise agricole, la baisse des revenus au Kasaï et la fermeture de certaines opportunités dans le Bandundu accélèrent le phénomène. 

Les conséquences se font sentir des deux côtés. Dans les provinces de départ, les communautés rurales perdent une partie de leur force vive. Dans les villes d’accueil, la pression augmente sur le logement, l’emploi informel, les écoles et les services de santé.

Les autorités locales du Haut-Katanga et du Lualaba sont confrontées à l’arrivée régulière de nouvelles familles qui cherchent à se loger et à s’insérer. Dans le même temps, les associations humanitaires signalent le besoin d’un meilleur encadrement des trajets, notamment pour protéger les femmes et les enfants.

Pour Madeleine, Antho ou Nsuanansuana, le départ représente à la fois une rupture et une chance. Quitter son village signifie abandonner un champ, une maison, un environnement connu. Mais c’est aussi l’espoir de manger à sa faim, de scolariser ses enfants, ou de décrocher un diplôme.

Le voyage reste long et incertain. À l’arrivée à Lubumbashi ou Kolwezi, tout reste à construire. Beaucoup comptent sur la solidarité familiale pour tenir les premiers mois.

En attendant, la route de Mbuji-Mayi continue de voir défiler les convois. Chaque saison sèche, ils repartent chargés de marchandises à l’aller, et chargés d’espoir au retour.

Lambert Mwamba/ Okapi

 

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