La marche organisée ce week-end dans la capitale n’a pas eu lieu au Palais du Peuple comme initialement prévu. Sur décision des autorités sécuritaires, le rassemblement a été délocalisé à la dernière minute vers le terrain annexe du Stade des Martyrs. Un contretemps qui n’a pas entamé la détermination de l’Archevêque Ejiba Yamapia, président de la Confédération Chrétienne Nationale, CCN.
Interrogé à l’issue de la manifestation, le leader religieux a affiché sa satisfaction. « Les objectifs ont été atteints. Le peuple est sorti, il a marché », a-t-il déclaré. Face aux chiffres divergents, il revendique une participation de « plus de soixante mille personnes » dans les rues de Kinshasa, balayant les critiques sur une mobilisation qui aurait été en deçà des attentes. 
L’archevêque n’a pas éludé les commentaires des observateurs évoquant un succès mitigé. Avec une rhétorique offensive, il a renvoyé chacun à ses responsabilités : « Il y a le terme adversaire. Il n’envoie la caméra que pour filmer une chaise vide. Celui qui dit que ça n’a pas marché, c’est aussi son opinion et nous la lui concédons. »
Une manière de dénoncer ce qu’il perçoit comme une tentative de minimiser l’ampleur de la mobilisation, tout en se disant respectueux de la pluralité des opinions. Pour Ejiba Yamapia, l’essentiel est ailleurs : le message a été porté, et la population a répondu à l’appel. 
Sur la question sensible de la délocalisation imposée, le président de la CCN a choisi la prudence. Refusant de pointer un responsable, il a invoqué son devoir de réserve : « Même si je le sais, je ne le dirai pas. Je dois me comporter comme celui qui fait que l’ordre règne dans notre pays. »
Il a précisé privilégier les canaux institutionnels pour exprimer d’éventuels griefs. « Je préfère exprimer mes griefs directement auprès des ministres concernés plutôt que dans les médias », a-t-il insisté. Une posture qui se veut garante de l’apaisement, dans un contexte politique déjà tendu.
Au-delà des questions logistiques, l’Archevêque Ejiba Yamapia a recentré le débat sur la revendication principale de son mouvement : l’organisation d’un référendum. L’objectif est de trancher définitivement la question de la révision ou du changement de la Constitution.
« Il nous faut un référendum pour départager ceux qui disent qu’il ne faut pas changer la Constitution et ceux qui disent qu’il faut réviser, qu’il faut changer. Donnez la parole au peuple. Le peuple, c’est le souverain », a martelé le leader religieux.
Quant au calendrier d’une telle consultation, il s’en remet au Chef de l’État. « Lui, selon son temps, selon les priorités de la République, se dira : le peuple demande le référendum, que dois-je faire ? Il placera cela dans son timing », a-t-il expliqué, évitant de fixer un ultimatum à l’exécutif.
Inévitablement interrogé sur la question qui cristallise les tensions, celle d’un éventuel troisième mandat pour le Président Félix Tshisekedi via une révision constitutionnelle, Ejiba Yamapia a répondu sans détour. 
« Je ne suis pas distributeur de mandats. Celui que la Constitution autorise, il en a la possibilité », a-t-il tranché. Il a ensuite précisé le fond de sa démarche, qu’il veut détachée des calculs politiciens : « Ce qui est dans ma tête, c’est une Constitution adaptée aux réalités actuelles du monde et de notre pays, qui puisse conduire le peuple congolais au bonheur, qui puisse conduire à la bonne gouvernance et maintenir la souveraineté de la République Démocratique du Congo. Ma bataille, ce n’est pas celle des individus. »
Par cette sortie, l’Archevêque Ejiba Yamapia maintient la pression sur la nécessité d’un débat national encadré par un référendum, tout en se positionnant en acteur responsable soucieux de l’ordre public.
La délocalisation de dernière minute, loin de freiner la CCN, semble avoir renforcé le discours du mouvement sur l’adversité et la détermination. Reste à savoir quelle suite les autorités réserveront à cette demande de consultation populaire, alors que le débat sur la Constitution continue de diviser la classe politique et la société civile congolaise.
Yves Sayo