La crise au sein de l’Action pour la Rupture et le Développement (ARDEV) atteint son paroxysme. Ce jeudi 04 juin 2026, plusieurs hauts cadres et membres du bureau politique national du parti ont rendu publique une vidéo dans laquelle ils retirent officiellement leur confiance à Jacques Kyabula Katwe, président national et ancien gouverneur du Haut-Katanga. Cette fronde marque un tournant majeur dans la jeune histoire du parti fondé en 2023.
Réunis à Lubumbashi, les signataires ont lu une déclaration particulièrement sévère, diffusée massivement sur les réseaux sociaux. Ils y dénoncent « une gestion qualifiée d’autocratique, opaque et contraire aux textes fondateurs du parti ». Pour les cadres frondeurs, Jacques Kyabula Katwe aurait pris des décisions unilatérales ayant plongé l’ARDEV « dans une crise profonde qui menace son existence même ».
Quatre reproches majeurs structurent la déclaration vidéo :
- Gouvernance interne : Les cadres évoquent une concentration des pouvoirs et l’absence de consultation des instances statutaires. Le parti avait déjà dénoncé en mars dernier la mise en place du gouvernement provincial « sans consultation préalable de ses instances habilitées ».
- Positionnement politique : Jacques Kyabula est accusé d’avoir « fragilisé les relations du parti avec les institutions de l’Union Sacrée de la Nation ».
- Abandon de la base : Les signataires déplorent « l’abandon de l’encadrement des militants » sur le terrain.
- Isolement personnel : La déclaration intervient après la démission de Jacques Kyabula de ses fonctions de gouverneur en Mai 2026, alors qu’il était convoqué à Kinshasa pour s’expliquer sur des « déclarations politiques controversées ».
Déterminés à « reprendre le contrôle de l’appareil politique », les cadres frondeurs annoncent la mise en place immédiate d’un comité de crise. Sa mission : conduire la restructuration de l’ARDEV et préparer une assemblée générale extraordinaire. Le message est clair : « sauver le parti » et préserver son ancrage au sein de la majorité présidentielle.
Point stratégique de la déclaration : les cadres réaffirment leur « loyauté indéfectible envers le Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo ». L’ARDEV se présentait déjà comme deuxième force politique à l’Assemblée provinciale du Haut-Katanga derrière l’UDPS, et maintient son attachement à l’Union Sacrée.
Ce désaveu n’est pas isolé. En août 2025 déjà, Gaelord Kilanga, figure politique du Haut-Katanga, claquait la porte de l’ARDEV en dénonçant « des menaces, insultes et tentatives d’intimidation » après avoir posé avec des acteurs politiques considérés comme ennemis par certains militants. Il annonçait alors la création de son propre parti, l’UFECO.
La crise intervient dans un climat politique provincial tendu. Le 23 mars 2026, le gouverneur intérimaire Martin Kazembe Shula a procédé à un réaménagement du gouvernement provincial, alors que Jacques Kyabula était en séjour prolongé à Kinshasa. L’ARDEV avait réclamé des portefeuilles « à la hauteur de son poids politique ». Un seul ministre issu du parti, Max Mpande, a été nommé à la Communication, Jeunesse, Sports, Culture et Arts.
Ancien membre du PPRD et fondateur de l’ARDEV en 2023, Jacques Kyabula Katwe se retrouve aujourd’hui politiquement isolé. La déclaration du 04 juin lui retire « toute confiance politique et organisationnelle ». Son avenir à la tête du parti semble compromis, alors que les cadres frondeurs veulent incarner la nouvelle ligne.
Le comité de crise devra gérer trois urgences : recoller les morceaux avec la base militante, renégocier la place de l’ARDEV au sein de l’Union Sacrée, et préparer la riposte de Jacques Kyabula, qui n’a pas encore réagi officiellement à la vidéo.
Ce désaveu public marque une rupture spectaculaire avec celui qui incarnait jusqu’ici « l’autorité suprême du parti ». L’ARDEV entre dans une zone de turbulences où chaque camp tentera de conserver la légitimité politique dans le Haut-Katanga. La bataille pour le contrôle du parti ne fait que commencer.
Lambert Mwamba