Fin de cycle express. Daula Lupembe a présenté sa démission du poste d’entraîneur principal de l’AS Simba ce vendredi, à peine quelques minutes après le coup de sifflet final du match nul 0-0 concédé face au CS Don Bosco. La rencontre, disputée à Lubumbashi pour le compte de la 8e journée des Play-Offs du championnat national, aura donc été la dernière du technicien congolais sur le banc des Kamikazes.
Le timing ne laisse aucune place au doute : c’est l’issue stérile de cette rencontre qui a précipité la décision. De nouveau muette offensivement, l’AS Simba a enchaîné un nouveau match sans but. Un scénario devenu trop récurrent au goût du public et qui a fini par user le dialogue entre le coach et une partie des supporters kolweziens.
Arrivé avec pour mission de donner de la stabilité au club rouge et blanc, Daula Lupembe aura vécu plusieurs mois sous haute tension. Son travail de structuration, salué en interne, peinait à convaincre dans les tribunes. Le reproche principal revenait comme un leitmotiv : manque d’idées dans l’animation offensive et gestion jugée trop prudente des temps forts. Après chaque faux pas, la pression montait d’un cran. Le nul vierge de Lubumbashi a donc servi de point de rupture.
Face au constat que son message ne passait plus et que l’équipe avait besoin d’un électrochoc pour espérer un meilleur sprint final, Daula Lupembe a choisi la porte de sortie. Une décision prise, selon des sources proches du staff, avec lucidité et dans l’intérêt du club. Il quitte ses fonctions immédiatement, sans chercher à prolonger un statu quo devenu contre-productif.
Pour autant, il serait réducteur de résumer son passage à Kolwezi à cette démission post-match. Car l’héritage laissé par Daula Lupembe va bien au-delà du résultat de ce soir. La saison dernière, pour une toute première participation à une compétition interclubs de la CAF, il a conduit l’AS Simba vers une campagne africaine historique. Une première pour le club, vécue comme une consécration par toute la ville de Kolwezi.
Sous son impulsion, les Kamikazes ont découvert la scène continentale avec une organisation rigoureuse et un état d’esprit conquérant. Loin d’avoir joué les figurants, l’AS Simba a rivalisé, appris, et donné des sueurs froides à des formations bien plus expérimentées. Cette épopée a ouvert une nouvelle dimension au club : celle d’une ambition africaine crédible et durable.
C’est cet apport-là que retiennent aujourd’hui les observateurs. Au-delà des chiffres des Play-Offs, Daula Lupembe a fait franchir un cap psychologique à l’AS Simba. Il a prouvé qu’un club de Kolwezi pouvait se mesurer aux cadors du continent et en sortir grandi. Il a planté les graines d’une culture de la performance.
À la 8e journée des Play-Offs, l’AS Simba perd son architecte mais pas son objectif. La direction se retrouve désormais face à une équation urgente : trouver un successeur capable de préserver les fondations bâties tout en apportant cette verticalité et cette créativité offensive réclamées par les fans pour débloquer les matchs fermés.
Pour Daula Lupembe, ce départ de Lubumbashi n’a rien d’un épilogue. Le coach demeure l’un des techniciens les plus respectés de la RDC. Son parcours en témoigne. Avec le Groupe Bazano à Lubumbashi, il avait bâti une équipe compétitive, solide et respectée. À Kinshasa, avec Renaissance du Congo, il avait réussi à rallumer la passion des Bana Fibo en redonnant de l’espoir à un club en quête de repères.
Sa signature est reconnaissable : discipline collective, exigence à l’entraînement, et capacité à fédérer un vestiaire autour d’un projet clair. Des qualités qui font de lui un entraîneur recherché, capable de relancer une dynamique et de structurer un effectif.
L’AS Simba perd donc un bâtisseur au moment où il faut finir le travail. Le championnat perd un entraîneur de métier. Et Daula Lupembe quitte Lubumbashi avec la tête haute : amer sur l’instant, mais fier du jalon historique posé avec les Kamikazes.
La page se tourne ce soir, juste après le match. Mais l’histoire qu’il a écrite avec l’AS Simba restera : celle d’un club qui, pour la première fois, a osé rêver l’Afrique et y a laissé son empreinte.
Etienne Kankwende