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Fayulu aux religieux : "Dieu ne vous a pas demandé de dire des bêtises" – Scandale dans l’Église congolaise
By GéantRadio
Published on 28/05/2026 09:23
POLITIQUE

L’opposant Martin Fayulu a vivement critiqué ce mercredi les responsables religieux qui soutiennent une révision de la Constitution, tout en accusant le président Félix Tshisekedi d’avoir conclu un accord tacite avec son homologue rwandais Paul Kagame sur le contrôle d’une partie du territoire congolais.

Les déclarations, tenues lors d’une sortie médiatique relayée tôt dans la matinée, interviennent dans un contexte de débats récurrents sur une possible modification de la Loi fondamentale en République démocratique du Congo. Elles ciblent directement le positionnement d’une partie du clergé et la gestion de la question sécuritaire à l’Est du pays.

S’adressant aux figures religieuses perçues comme favorables à un changement constitutionnel, Martin Fayulu a employé un ton ferme et biblique pour remettre en cause leur engagement. 

« Est-ce que l’Éternel peut vous demander de dire des bêtises ? Dieu n’aime pas des bêtises. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et Mammon », a-t-il déclaré. 

Cette référence à l’Évangile vise à souligner ce qu’il considère comme une contradiction entre la mission spirituelle des religieux et leur implication dans un processus politique qu’il juge dangereux pour la stabilité institutionnelle. Pour l’ancien candidat à la présidentielle de 2018 et 2023, le rôle des Églises devrait se limiter à la défense des valeurs morales et de l’intérêt général, sans s’aligner sur un agenda politique de révision constitutionnelle.

L’intervention s’inscrit dans une ligne de critique récurrente de Fayulu à l’égard des acteurs religieux qui, selon lui, s’écartent de leur devoir de neutralité et de garde-fou démocratique. Elle relance le débat sur la place des confessions religieuses dans les processus de réforme institutionnelle en RDC.

Dans un second temps, le leader de l’ECiDé a abordé la question sécuritaire à l’Est du pays, en mettant en cause directement la relation entre Kinshasa et Kigali. 

« Maintenant, on comprend l’arrangement entre Paul Kagame et Félix Tshisekedi, lequel consiste pour Tshisekedi de laisser à Kagame l’autre partie du pays. C’est ce que les Congolais retiennent aujourd’hui », a affirmé Fayulu.

Cette déclaration fait écho aux accusations récurrentes portées par l’opposition sur la gestion du conflit dans le Nord-Kivu et l’Ituri. Fayulu laisse entendre qu’un accord informel existerait entre les deux présidents, au détriment de l’intégrité territoriale congolaise. Il présente cette lecture comme la conclusion à laquelle sont parvenus "les Congolais" face à l’évolution de la situation sur le terrain.

La charge s’inscrit dans la continuité de sa position constante sur la crise sécuritaire : dénoncer ce qu’il qualifie d’inaction ou de compromission du pouvoir face à l’agression rwandaise, et exiger une ligne diplomatique et militaire plus ferme.

Fayulu a également interrogé la cohérence du président Tshisekedi sur le respect de la limitation des mandats présidentiels, en rappelant la position qu’il avait adoptée sous le régime précédent.

« Pourquoi Félix Tshisekedi n’a pas laissé Kabila demander à la population s’il pouvait, lui aussi, faire un 3e mandat ? Les gens ont perdu leurs vies pour que Félix Tshisekedi revienne aujourd’hui sur sa parole ? », a-t-il lancé.

L’allusion porte sur les mobilisations de 2016-2017 contre un potentiel troisième mandat de Joseph Kabila, auxquelles plusieurs figures de l’opposition actuelle, dont Tshisekedi, avaient participé. Fayulu reproche au chef de l’État un double discours : avoir bénéficié politiquement de la défense du principe des deux mandats, tout en laissant aujourd’hui la porte ouverte à une révision qui permettrait sa propre prolongation au pouvoir.

Cette critique s’inscrit dans un climat où le débat sur la révision constitutionnelle divise la classe politique et la société civile. Pour l’opposant, revenir sur la question du mandat présidentiel reviendrait à trahir la mémoire des victimes des répressions passées et à affaiblir les acquis démocratiques.

Les propos de Martin Fayulu condensent trois axes majeurs de son discours politique actuel : la défense de l’intégrité institutionnelle face aux révisions constitutionnelles, la dénonciation de la gestion du dossier sécuritaire à l’Est, et le rappel des engagements démocratiques de 2018.

En s’adressant aux religieux, il cherche à isoler les voix favorables au changement de la Constitution et à mobiliser l’opinion autour de la défense du texte actuel. En évoquant un "arrangement" avec Kigali, il tente de capitaliser sur la lassitude populaire face à l’insécurité persistante. Et en rappelant la lutte contre le troisième mandat sous Kabila, il place le président Tshisekedi face à ses propres positions passées.

Ces déclarations risquent d’alimenter davantage la polarisation politique à quelques mois des échéances institutionnelles majeures. Elles posent aussi la question du rôle des acteurs non étatiques, notamment religieux, dans un processus de réforme qui engage l’avenir démocratique du pays.

Lambert Mwamba 

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