L’opposition politique congolaise durcit le ton face au projet de révision de la Constitution par voie référendaire. À l’issue d’une réunion de crise tenue ce mercredi, la coalition d’opposition a annoncé une série d’actions de mobilisation sur l’ensemble du territoire national, dont l’organisation d’une journée « ville morte » prévue le 3 juin prochain.
Cette décision vise à exprimer un refus catégorique du processus engagé pour modifier la loi fondamentale par référendum. Les initiateurs de l’appel estiment que cette démarche constitue une tentative de contournement du débat démocratique et des mécanismes institutionnels prévus pour toute modification constitutionnelle.
Martin Fayulu, président du parti Ecidé et figure de proue de l’opposition, s’est chargé d’officialiser cette position devant la presse et à l’attention de l’opinion publique. Il a indiqué que la réunion de crise avait réuni plusieurs leaders politiques et acteurs de la société civile afin d’harmoniser une réponse commune face à ce qu’ils qualifient de dérive institutionnelle.
Selon les déclarations faites à l’issue de la rencontre, l’objectif de la journée « ville morte » est de paralyser symboliquement les activités économiques et administratives dans les principales agglomérations du pays. L’idée est de marquer l’opposition populaire à un changement constitutionnel jugé précipité et dépourvu de consensus national.
Les organisateurs appellent la population à rester chez elle, à fermer les commerces, les marchés et à suspendre les déplacements non essentiels. Ils présentent cette mobilisation comme une forme d’expression pacifique et citoyenne, inscrite dans le cadre des libertés garanties par la Constitution actuelle.
Martin Fayulu a insisté sur le caractère non violent de l’initiative. Il a précisé que le mot d’ordre s’adresse à tous les Congolais attachés à la stabilité des institutions et à la préservation de l’équilibre des pouvoirs. Pour lui, le recours au référendum dans le contexte actuel ne répondrait pas à une demande sociale prioritaire, mais servirait des intérêts politiques à court terme.
L’opposition dénonce également un déficit de consultation préalable. Elle affirme que les partis, la société civile et les confessions religieuses n’ont pas été associés de manière transparente aux discussions en amont du projet. Cette absence de dialogue, selon elle, fragilise la légitimité de toute réforme de cette envergure.
Sur le fond, les contestataires mettent en avant plusieurs risques. Ils évoquent la possibilité d’un affaiblissement des contre-pouvoirs, d’une remise en cause de la limitation des mandats et d’une instabilité accrue si la réforme est perçue comme imposée. Ils appellent donc à un débat national inclusif avant toute modification du texte fondamental.
Le choix de la date du 3 juin n’est pas anodin. Elle intervient alors que le calendrier institutionnel prévoit des étapes clés dans le processus référendaire. L’opposition cherche ainsi à créer un rapport de force politique et médiatique avant l’engagement irréversible du scrutin.
La communication autour de l’appel se déploie déjà sur les réseaux sociaux et dans les structures locales des partis membres de la coalition. Des cellules de sensibilisation sont mises en place dans les communes de Kinshasa et dans plusieurs chefs-lieux de province pour expliquer les motivations du mouvement.
Les autorités, de leur côté, n’ont pas encore réagi officiellement à l’annonce. Les observateurs politiques s’attendent à une réponse du gouvernement dans les prochains jours, notamment sur les mesures de sécurité et sur la position de l’exécutif concernant le calendrier référendaire.
Ce bras de fer intervient dans un contexte socio-économique tendu. L’inflation, le chômage des jeunes et la situation sécuritaire dans l’Est du pays restent des préoccupations majeures pour la population. L’opposition argue que ces priorités devraient primer sur toute révision constitutionnelle.
Le concept de « ville morte » est une forme de protestation déjà utilisée dans l’histoire politique récente du pays. Elle consiste à suspendre l’activité économique pour attirer l’attention des décideurs et de la communauté internationale sur une revendication précise. Son efficacité repose sur l’ampleur de la mobilisation et sur le maintien du caractère pacifique.
Martin Fayulu a conclu son intervention en appelant à la responsabilité collective. Il a invité les jeunes, les femmes et les acteurs économiques à s’approprier la démarche et à faire entendre leur voix de manière disciplinée. Il a aussi demandé aux forces de l’ordre de garantir la liberté de manifestation et de s’abstenir de toute répression.
La suite du processus dépendra de la mobilisation effective le 3 juin et de la réaction des institutions. Si l’appel est massivement suivi, il pourrait contraindre le pouvoir à rouvrir le dialogue ou à revoir le calendrier. Dans le cas contraire, le projet de référendum suivrait son cours selon la feuille de route annoncée.
Yves Sayo