Ads
Denis Kadima brise le tabou : "On nous rend responsables, mais on ne nous donne rien"
By GéantRadio
Published on 26/05/2026 12:52
POLITIQUE

Le président de la Commission Électorale Nationale Indépendante, Denis Kadima Kazadi, a profité de la projection officielle du documentaire « Le Centre Électoral Bosolo  La vérité des urnes à visage découvert » pour rappeler un principe fondamental de la gouvernance électorale : l’absence de discontinuité entre deux cycles électoraux. 

S’exprimant le lundi 25 mai à Kinshasa, il a insisté sur le fait que la préparation des scrutins ne saurait être un exercice ponctuel, relancé à la hâte quelques mois avant la date butoir. Dans un contexte national marqué par la guerre d’agression à l’Est, qui tend à reléguer les questions électorales au second plan, le président de la CENI a voulu recentrer le débat sur la nécessité d’une planification permanente.

Denis Kadima a déploré ce qu’il qualifie de « temps mort » observé depuis la clôture du cycle électoral de 2023. Pour lui, cette pause artificielle va à l’encontre des standards internationaux de gestion électorale.

« Depuis qu’il y a eu les élections en 2023, il semble y avoir une sorte de temps mort, alors qu’il ne doit pas y avoir de temps mort », a-t-il déclaré devant un parterre d’acteurs de la société civile, de partenaires techniques et de journalistes.

Le président de la CENI a rappelé que la logique d’un cycle électoral implique une transition immédiate vers le cycle suivant dès la fin du précédent. Cette approche, selon lui, permet d’anticiper les défis logistiques, juridiques et financiers, et d’éviter la précipitation qui caractérise souvent les préparatifs en RDC.

 « Les élections doivent se gérer en termes de cycle électoral. Le cycle suivant commence à la fin du cycle précédent. Mais chez nous, on a tendance à attendre deux ans ou dix-huit mois avant les élections, puis tout le monde se met à courir », a-t-il souligné, dénonçant une culture de gestion réactive plutôt que proactive.

Au-delà de l’appel à la continuité, Denis Kadima a mis en garde contre la tendance à faire de la CENI le seul bouc émissaire en cas de dysfonctionnements. Il a rappelé que l’organisation des élections en RDC mobilise plusieurs institutions étatiques : le gouvernement pour le financement, le Parlement pour le cadre légal, la Cour constitutionnelle pour le contentieux, et l’administration territoriale pour la logistique de terrain.

 « Quand il y a des ratés, on condamne immédiatement le gestionnaire des élections », a-t-il déploré, plaidant pour une lecture plus systémique des responsabilités.

Cette mise au point intervient alors que la feuille de route de la CENI pour le cycle 2025-2029 fait face à des retards significatifs. Près d’un an après sa publication, plusieurs activités préparatoires jugées critiques pour les scrutins de 2028 n’ont pas encore été lancées. La principale cause identifiée reste le faible décaissement des fonds publics prévus, dans un contexte budgétaire contraint.

Malgré ces difficultés, la direction de la CENI se veut rassurante. L’institution réaffirme son engagement à respecter le calendrier constitutionnel, qui prévoit la tenue des prochaines élections générales en 2028. 

Le deuxième vice-président de la CENI, Didi Manara, avait déjà exprimé cette position lors d’une rencontre organisée par l’Église du Christ au Congo. Il avait alors indiqué que le respect du délai constitutionnel restait réaliste, à condition que l’exécutif assume pleinement sa part de responsabilité en mobilisant les ressources nécessaires.

Pour Denis Kadima, l’enjeu dépasse la simple organisation technique. Il s’agit de consolider la culture démocratique en normalisant le processus électoral, en le rendant prévisible et moins dépendant des urgences politiques. La projection du documentaire Bosolo s’inscrit dans cette démarche de transparence et de pédagogie, en montrant au public les coulisses du travail électoral.

La balle est désormais dans le camp du gouvernement et des autres parties prenantes. La capacité de la RDC à éviter un nouveau cycle de précipitation et de contestation dépendra largement de l’anticipation financière et institutionnelle mise en place dès aujourd’hui.

Yves Sayo 

Comments
Comment sent successfully!

Chat Online