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Bolengetenge-Mike Mukebayi : la guerre des ego qui menace l’avenir d’Ensemble pour la République
By GéantRadio
Published on 26/05/2026 06:55
POLITIQUE

La cohésion d’Ensemble pour la République, parti dirigé par Moïse Katumbi, traverse une zone de turbulences. Un conflit ouvert oppose désormais le Secrétaire général du parti, Dieudonné Bolengetenge, au coordonnateur provincial de Kinshasa, Mike Mukebayi. L’affrontement, qui se joue à la fois sur le terrain organisationnel et médiatique, révèle des fractures de gouvernance qui agitent la base kinoise depuis plusieurs semaines.

Au cœur de la crise : la gestion politique et financière de la sortie publique de la plateforme C64, présentée dernièrement comme un cadre de mobilisation de l’opposition. Selon plusieurs fédérations du parti dans la capitale, cette opération aurait été marquée par des irrégularités. Les structures de Kinshasa accusent directement Mike Mukebayi de détournement de fonds liés à la mobilisation et à la logistique de l’événement. Elles estiment que les ressources collectées auprès des militants et sympathisants n’ont pas été utilisées conformément aux directives du Secrétariat général.

Face à ces accusations, les fédérations kinoises ont choisi de prendre position en faveur de Dieudonné Bolengetenge. Dans une série de déclarations relayées en interne, elles dénoncent un fonctionnement parallèle qui affaiblirait la discipline du parti et brouillerait la ligne politique définie par la direction nationale. Pour elles, le Secrétaire général incarne l’autorité statutaire capable de recadrer les dérives et de préserver l’unité du parti à l’approche des échéances politiques à venir.

Le camp Mukebayi, de son côté, conteste la légitimité des reproches. Proche des militants de terrain, le coordonnateur provincial se présente comme victime d’un règlement de comptes interne. Il argue que la coordination de Kinshasa a assumé seule une grande partie de l’organisation de la sortie du C64, dans un contexte de pression logistique et sécuritaire. Ses soutiens estiment que l’attaque sur la question financière vise à l’écarter d’un poste stratégique, alors que Kinshasa reste un bastion électoral décisif pour Ensemble pour la République.

Cette confrontation dépasse le cadre d’un simple désaccord de personnes. Elle met en lumière deux visions de la gestion du parti : d’un côté, une ligne centralisatrice portée par le Secrétariat général, qui insiste sur le respect de la hiérarchie et la traçabilité des ressources ; de l’autre, une logique de proximité défendue par la coordination provinciale, qui revendique une marge d’initiative face aux réalités du terrain kinois.

L’enjeu est d’autant plus sensible que Kinshasa concentre une part importante de l’électorat urbain du parti. Une division durable dans la capitale risquerait d’entamer la capacité de mobilisation d’Ensemble pour la République et d’offrir un avantage à ses adversaires politiques. Les militants de base, eux, expriment une lassitude croissante face aux querelles de leadership qui détournent l’attention des priorités programmatiques.

Sur le plan organisationnel, le conflit soulève une question récurrente au sein des partis d’opposition en RDC : comment articuler l’autorité nationale et l’autonomie provinciale sans créer de blocages ? La plateforme C64, censée rassembler des forces diverses autour d’un agenda commun, se retrouve paradoxalement prise en otage par les tensions internes qu’elle était censée dépasser.

Pour l’instant, la direction nationale n’a pas communiqué officiellement sur les mesures envisagées. Le silence de Moïse Katumbi est interprété de deux manières : soit comme une volonté de laisser le processus disciplinaire interne suivre son cours, soit comme une stratégie d’attente pour éviter d’envenimer la crise. Certains cadres plaident pour une médiation rapide afin d’éviter une scission de fait à Kinshasa.

Au-delà du cas personnel des deux protagonistes, l’épisode révèle la pression qui pèse sur les partis d’opposition à l’approche des prochains cycles politiques. La gestion transparente des ressources, la clarification des responsabilités entre niveaux de direction, et la capacité à arbitrer les conflits internes deviennent des tests de crédibilité autant vis-à-vis des militants que de l’opinion publique.

Si le conflit n’est pas contenu, il risque de se traduire par un affaiblissement de la coordination kinoise et une démobilisation des fédérations locales. À l’inverse, une résolution rapide et pédagogique pourrait renforcer la légitimité du Secrétariat général et restaurer la confiance au sein de la base.

Yves Sayo 

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