Dans une sortie médiatique remarquée, Peter Kazadi, ancien ministre et figure historique de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), a livré un témoignage sans détour sur le parcours politique de Jean-Marc Kabund. Son propos, à la fois personnel et politique, éclaire d’un jour nouveau les tensions qui ont marqué le parti présidentiel ces dernières années.
Kazadi affirme avoir joué un rôle direct dans la montée en puissance de Kabund au sein de l’UDPS. « Je suis parmi ceux qui ont fabriqué Jean-Marc Kabund », déclare-t-il, insistant sur l’accompagnement concret qu’il lui a apporté au début de son engagement. Selon lui, Kabund n’était pas préparé aux codes et aux exigences de la vie politique institutionnelle lorsqu’il a rejoint le parti. L’ancien ministre évoque même des détails d’ordre vestimentaire pour illustrer ce manque d’expérience initiale : « il ne savait porter ni la cravate ni la veste, je l’ai aidé ». Cette anecdote, au-delà de son aspect anecdotique, sert à souligner le travail de formation et de mentorat effectué au sein de l’opposition.
Le cœur de l’intervention de Peter Kazadi porte cependant sur l’évolution de l’attitude de Jean-Marc Kabund à l’égard de la direction du parti et de sa famille politique. Il explique que cette aversion ne date pas d’hier. Dès l’époque où l’UDPS évoluait encore dans l’opposition, sous la direction de Félix Tshisekedi, Kabund aurait manifesté une réticence profonde, voire un refus, d’occuper la présidence du parti.
Cette position de principe, selon Kazadi, s’est progressivement transformée en un ressentiment plus profond. L’ancien ministre estime que ce refus initial a engendré chez Kabund « une aversion très prononcée pour être le président de l’UDPS ». Or, paradoxalement, c’est cette même fonction qu’il occupera plus tard, avant d’en être évincé.
Pour Peter Kazadi, cette contradiction fondamentale explique la suite des événements. Ne pouvant assumer pleinement le rôle qui lui était confié, Kabund aurait développé une hostilité qui a dépassé le cadre politique pour toucher à la sphère personnelle. Kazadi parle d’une « haine viscérale contre la personne du président Tshisekedi et toute sa famille ». L’expression est forte et traduit, selon lui, une rupture qui n’est plus seulement idéologique, mais affective et identitaire.
Cette analyse s’inscrit dans un contexte où les luttes de positionnement au sein de l’UDPS ont souvent été perçues comme la source des scissions et des départs successifs de cadres du parti. En revenant sur les origines de la relation entre les deux hommes, Kazadi tente de montrer que les tensions actuelles ne sont pas nées d’un désaccord ponctuel, mais d’une incompatibilité plus ancienne avec la culture et la structure du parti.
Sur le plan politique, ces déclarations relancent le débat sur la gestion des cadres au sein des partis de pouvoir en RDC. Elles interrogent aussi sur la manière dont les organisations politiques accompagnent leurs jeunes leaders lorsqu’ils accèdent rapidement à des responsabilités nationales. Le témoignage de Peter Kazadi suggère qu’un déficit de préparation et un malaise identitaire peuvent, à terme, fragiliser la cohésion interne.
Pour les observateurs de la vie politique congolaise, ce récit offre une clé de lecture sur la trajectoire de Jean-Marc Kabund : de jeune militant encadré par les anciens, à président intérimaire de l’UDPS, puis à opposant déclaré au régime qu’il avait contribué à porter au pouvoir. La transition entre ces différentes phases semble, selon Kazadi, marquée par une incompréhension persistante de ce que signifiait diriger l’UDPS au nom de son héritage historique.
L’ancien ministre ne se contente pas de régler des comptes. Son intervention se veut aussi un rappel des valeurs et de la discipline qui, selon lui, fondent l’identité de l’UDPS. En mettant en avant son rôle dans la formation de Kabund, il revendique une forme de paternité politique, tout en soulignant que cette relation d’encadrement a fini par se rompre face à des divergences devenues irréconciliables.
Au-delà du cas individuel, l’épisode illustre les défis auxquels font face les partis politiques en transition démocratique : comment intégrer de nouvelles générations sans renier l’histoire du parti, comment gérer les ambitions personnelles sans compromettre l’unité, et comment transformer l’opposition d’hier en gouvernance d’aujourd’hui sans reproduire les fractures internes.
La sortie de Peter Kazadi s’ajoute donc à la série de récits qui recomposent, après coup, la mémoire récente de l’UDPS et de l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi. Elle offre aux militants, aux analystes et au grand public un élément supplémentaire pour comprendre les dynamiques internes qui ont façonné la majorité actuelle.
Yves Sayo