Le vice-Premier ministre de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, Jacquemain Shabani, a reçu samedi 23 mai l’ensemble des députés provinciaux du Kongo Central. L’objectif : désamorcer les tensions nées de la décision de la Cour constitutionnelle réhabilitant Papy Matezolo à la présidence du bureau de l’Assemblée provinciale.
La rencontre, tenue à Kinshasa, s’inscrit dans une démarche de médiation directe entre l’exécutif central et l’organe délibérant du Kongo Central. Depuis plusieurs semaines, la province fait face à un blocage institutionnel consécutif à la contestation autour de la direction de l’Assemblée provinciale. La réhabilitation de Papy Matezolo par la haute cour a ravivé les clivages entre élus et exacerbé les incertitudes sur le fonctionnement normal de l’institution.
Devant les élus, le VPM Shabani a rappelé que la préservation de l’ordre public et de la cohésion politique au niveau provincial reste une priorité du gouvernement central. Il a insisté sur la nécessité pour les députés de privilégier le dialogue et les voies légales pour sortir de l’impasse, plutôt que de laisser la situation dégénérer en paralysie administrative.
Le message s’appuie sur les orientations récemment réaffirmées par le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, qui appelle à une gestion responsable des crises provinciales. Selon le ministre, toute démarche qui fragilise l’Assemblée provinciale a un effet direct sur la gouvernance locale, l’adoption du budget, le contrôle de l’exécutif provincial et la mise en œuvre des projets de développement dans le Kongo Central.
Jacquemain Shabani a mis l’accent sur le respect des arrêts de la Cour constitutionnelle comme garantie de l’État de droit. Il a indiqué que la décision judiciaire relative à Papy Matezolo s’impose à toutes les parties et doit servir de base à la reprise du travail parlementaire.
Il a également invité les députés à dépasser les logiques de camp pour se concentrer sur les enjeux concrets : sécurité, recouvrement des recettes, infrastructures routières, et suivi des entreprises publiques provinciales. Le ministre a souligné que le Kongo Central, en tant que province frontalière et poumon économique grâce au port de Matadi, ne peut se permettre un arrêt prolongé de son assemblée.
La séance de travail a permis d’échanger à huis clos sur les modalités pratiques d’apaisement. Plusieurs députés, contactés à l’issue de la rencontre, ont évoqué une volonté partagée de revenir à une activité normale, sous réserve que les engagements pris soient respectés par l’ensemble des acteurs.
Le VPM a promis un suivi régulier de la situation et un accompagnement du ministère de l’Intérieur pour garantir que les règles de fonctionnement du bureau de l’Assemblée soient appliquées sans entrave. L’idée est d’éviter toute interprétation politique de la décision judiciaire qui risquerait de relancer la crise.
Au-delà du bras de fer autour du perchoir, cette crise révèle la fragilité des équilibres politiques au Kongo Central depuis les élections de 2023. La province, qui a connu plusieurs changements de majorité et de gouverneur, reste sous haute surveillance du pouvoir central.
Pour les acteurs économiques locaux, l’enjeu est simple : une assemblée bloquée signifie des retards dans la validation des budgets d’investissement, des ordonnances fiscales et des conventions avec les partenaires techniques et financiers. Le secteur portuaire et les opérateurs de la Route Nationale 1 attendent des signaux clairs sur la stabilité institutionnelle.
La démarche de Jacquemain Shabani s’inscrit donc dans une logique de prévention. En réunissant directement les députés, le gouvernement cherche à éviter une escalade qui aurait des répercussions sur la sécurité et l’économie de la province.
Les participants s’accordent sur la nécessité de convoquer rapidement une plénière pour acter la reprise des travaux et clarifier la répartition des responsabilités au sein du bureau. Le ministère de l’Intérieur a indiqué qu’il resterait en contact avec les présidents de commissions et les chefs de groupes parlementaires pour accompagner ce processus.
Yves Sayo