Ads
De Mobutu à Tshisekedi : Kabund dénonce la même flatterie, le même piège
By GéantRadio
Published on 24/05/2026 10:03
POLITIQUE

Lors d’un échange en direct sur Space avec le journaliste Stanis Bujakera, Jean-Marc Kabund-a-Kabund a livré une critique frontale de l’Union Sacrée de la Nation. L’ancien président intérimaire de l’UDPS n’a pas mâché ses mots pour décrire la coalition au pouvoir comme un conglomérat d’aventuriers politiques, dépourvu de ligne idéologique cohérente et mu par une seule logique : s’aligner sur le chef de l’État en place pour en tirer profit.

Pour Kabund, l’Union Sacrée ne constitue pas une force politique construite autour d’un projet commun. Il y voit plutôt un rassemblement d’acteurs dont la constance réside uniquement dans leur capacité à se repositionner autour de l’autorité présidentielle du moment. 

Il dénonce un mécanisme ancien, qu’il juge bien rodé dans la vie politique congolaise. Selon lui, ces mêmes cercles ont successivement porté des slogans de fidélité absolue à chaque président en exercice : « Sese Seko, vivre éternellement » pour Mobutu, puis « Wumela » pour Joseph Kabila. Aujourd’hui, ajoute-t-il, le même discours se reformule autour de Félix Tshisekedi, avec un objectif identique : le maintenir au pouvoir au-delà des limites prévues par la Constitution.

Cette lecture historique permet à Kabund de présenter l’attitude de l’Union Sacrée non comme un soutien politique sincère, mais comme une stratégie de survie. L’enjeu, selon lui, n’est pas la stabilité institutionnelle ou l’intérêt public, mais l’accès aux prébendes et aux avantages liés à la proximité avec le pouvoir.

L’ancien numéro deux de l’UDPS estime que cette dynamique pousse le président dans une direction dangereuse. « Ils poussent Tshisekedi à la même erreur », a-t-il déclaré, en référence à la tentation d’un troisième mandat. Pour Kabund, céder à cette pression reviendrait à s’engager dans une faute politique aux conséquences irréversibles.

Il appelle donc Félix Tshisekedi à tirer les leçons des précédents historiques. Ni Mobutu ni Joseph Kabila, malgré le soutien affiché de leurs courtisans et les chants de loyauté éternelle, n’ont réussi à s’accrocher indéfiniment au pouvoir. Kabund voit dans ces échecs une illustration du caractère éphémère des soutiens opportunistes, qui disparaissent ou se recyclent dès que le rapport de force change.

Son avertissement prend un poids particulier du fait de son parcours. Pendant plusieurs années, Kabund a occupé une position centrale au sein du régime Tshisekedi, avant une rupture publique et brutale en 2022. Il connaît donc de l’intérieur les mécanismes de fonctionnement de la majorité qu’il critique aujourd’hui. Cette expérience lui permet, selon ses propres termes, de distinguer le soutien de conviction du soutien de convenance.

Au-delà du cas personnel de Félix Tshisekedi, Kabund inscrit son analyse dans une réflexion plus large sur la gouvernance en RDC. Il décrit un cycle récurrent où l’entourage présidentiel joue un rôle d’amplificateur, en encourageant le chef de l’État à outrepasser le cadre légal pour prolonger son emprise. 

Ce schéma, répété depuis l’époque mobutiste, aurait pour effet de fragiliser les institutions et de concentrer le débat politique sur la question du maintien au pouvoir plutôt que sur les résultats concrets de l’action publique. Pour l’opposant, la conséquence directe est une dépolitisation du débat et une instrumentalisation de la loyauté.

En pointant du doigt l’Union Sacrée, Kabund cherche à opérer une distinction entre l’adhésion à un projet politique et la recherche d’avantages individuels. Il suggère que le président dispose encore d’une marge pour rompre avec ce cycle, à condition d’écarter les conseils qui l’orientent vers une révision constitutionnelle taillée sur mesure.

L’intervention de Kabund intervient dans un contexte où la question du troisième mandat revient régulièrement dans l’espace public congolais, alimentée par des déclarations ambiguës et des initiatives de partisans du pouvoir. En qualifiant l’Union Sacrée de coalition sans boussole, il tente de déplacer le débat : il ne s’agit pas seulement de savoir si un troisième mandat est souhaitable, mais de comprendre qui en a intérêt et pourquoi.

Son profil d’ancien initié donne à ses propos une résonance particulière. Il ne parle pas depuis l’extérieur du système, mais depuis l’expérience d’avoir contribué à le construire avant de le quitter. Cette position lui permet d’argumenter que les signaux d’alerte qu’il adresse aujourd’hui sont ceux qu’il aurait aimé entendre lui-même à l’époque où il occupait des responsabilités au sein de la présidence.

Le débat reste ouvert sur la manière dont Félix Tshisekedi recevra cet avertissement. L’histoire récente montre que les avertissements internes, lorsqu’ils sont ignorés, finissent souvent par devenir des fractures publiques. Reste à savoir si la présidence choisira de consolider son assise sur une base institutionnelle stable ou de s’appuyer sur une coalition dont la fidélité, selon Kabund, ne survit qu’à l’ombre du pouvoir.

Yves Sayo 

Comments
Comment sent successfully!

Chat Online