Le président de la République démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a brisé le silence sur l'épineuse question de la révision constitutionnelle et d'un éventuel troisième mandat.
Lors d’une intervention très attendue ce mercredi 06 mai, diffusée sur la chaîne nationale, le chef de l’État a répondu sans détour aux spéculations qui agitent la classe politique depuis plusieurs mois. Le successeur de Joseph Kabila n’exclut pas de briguer un nouveau mandat après 2028.
"Si le peuple veut que je fasse un troisième mandat, j’accepterai", a déclaré Félix Tshisekedi, assumant une position qui relance le débat institutionnel en RDC.
Face aux critiques, le président a défendu le droit d’ouvrir la discussion sur la Constitution du 18 février 2006. Pour lui, aucun sujet d’intérêt national ne peut être mis sous cloche.
"Partant du débat sur la Constitution, je souhaite rappeler un principe simple : aucune question d’intérêt national ne saurait être confisquée, caricaturée ou interdite de réflexion", a martelé le chef de l’État.
Une mise au point qui vise à légitimer les échanges actuels sur une possible réforme de la loi fondamentale, alors que plusieurs voix de l’opposition dénoncent une manœuvre pour s’éterniser au pouvoir.
Conscient de la sensibilité du sujet, Félix Tshisekedi a toutefois posé des balises claires. Il conditionne toute réflexion institutionnelle à trois impératifs : le sérieux, la transparence et le respect strict de l’État de droit.
"Mais toute réflexion sur nos institutions doit être conduite avec sérieux, transparence et méthode, dans le respect scrupuleux de l’État de droit, sans précipitation, sans manipulation et sans obsession politicienne", a-t-il insisté.
Le message est double : ouvrir le débat, oui, mais sans forcing ni calculs partisans. Le président appelle à élever le niveau des échanges et à placer l’unité nationale au-dessus des divergences.
En l’état, l’article 220 de la Constitution du 18 février 2006 verrouille le nombre et la durée des mandats présidentiels. Le texte dispose que le président de la République est élu pour cinq ans, renouvelable une seule fois.
Autrement dit, la magistrature suprême ne peut excéder dix ans. Élu en 2018 et réélu en 2023, Félix Tshisekedi achèvera donc son second et dernier mandat constitutionnel en 2028, sauf révision.
Au-delà de sa propre situation, le chef de l’État a lancé un appel plus large à la classe politique et à l’opinion. Il exhorte les acteurs à privilégier l’unité sur les enjeux fondamentaux de la Nation et à faire preuve de responsabilité.
L’intervention présidentielle de ce 06 mai marque un tournant. Elle officialise un débat qui, jusqu’ici, se tenait à demi-mot dans les salons politiques de Kinshasa.
Yves Sayo