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De la rue au tribunal : Justicia Asbl veut envoyer Augustin Kabuya répondre de l’incendie du QG de Kabila
By GéantRadio
Published on 05/05/2026 14:09 • Updated 05/05/2026 14:09
POLITIQUE

Au lendemain de l’incendie ayant ravagé le siège du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD) de l’ancien président Joseph Kabila, l’organisation de défense des droits humains Justicia Asbl monte au créneau. Dans un communiqué officiel publié ce mardi 5 mai 2026, l’ONG appelle le ministre de la Justice à engager sans délai des poursuites judiciaires contre Augustin Kabuya, Secrétaire Général de l’UDPS.

Justicia Asbl impute directement à Augustin Kabuya la responsabilité du défaut d’encadrement de la marche organisée à Kinshasa le lundi 4 mai 2026. Selon l’organisation, cette manifestation aurait dégénéré et conduit à l’incendie criminel du siège du PPRD, situé dans la commune de Gombe. 

Dans son communiqué, Justicia Asbl dénonce ce qu’elle qualifie de « manquements graves » dans l’organisation et la sécurisation de la marche. L’ONG estime qu’en tant qu’initiateur et principal mobilisateur de cette manifestation, Augustin Kabuya avait l’obligation légale et morale d’assurer un encadrement strict des militants afin de prévenir tout dérapage. 

« L’absence de service d’ordre interne identifié, le non-respect des itinéraires déclarés et l’incapacité à contenir les militants constituent une faute lourde », indique le communiqué. Pour Justicia Asbl, ces négligences sont à l’origine directe des actes de vandalisme qui ont culminé avec l’incendie du siège du PPRD.  

L’organisation ne se limite pas à une condamnation politique. Elle demande expressément au ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, de saisir le Parquet Général près la Cour de Cassation. L’objectif : ouvrir une information judiciaire contre Augustin Kabuya pour « abstention fautive d’encadrement d’une manifestation publique ayant entraîné des destructions de biens ».

Justicia Asbl rappelle que la loi n°04/002 du 15 mars 2004 portant organisation et fonctionnement des partis politiques, ainsi que le décret-loi sur les manifestations publiques, imposent aux organisateurs une responsabilité pleine et entière quant au déroulement pacifique des rassemblements. 

Cet incident intervient dans un climat politique déjà électrique à Kinshasa. La marche du 4 mai 2026 avait été convoquée par l’UDPS pour, selon ses organisateurs, « défendre les institutions de la République » face aux critiques récurrentes de l’opposition. Le PPRD, parti de Joseph Kabila, dénonce depuis plusieurs semaines ce qu’il considère comme une « chasse aux sorcières » à l’encontre de ses cadres.

Le siège du PPRD, bâtiment symbolique situé sur l’avenue Pumbu, a été partiellement détruit par les flammes. Aucune perte en vie humaine n’a été déplorée, mais les dégâts matériels sont considérables. Plusieurs documents et archives du parti auraient été consumés.   

À l’heure actuelle, ni Augustin Kabuya ni l’UDPS n’ont officiellement réagi au communiqué de Justicia Asbl. Le PPRD, pour sa part, a annoncé une plainte contre X et exige une enquête indépendante pour identifier les auteurs matériels et intellectuels de l’incendie.

Du côté du gouvernement, le ministère de l’Intérieur avait annoncé dès lundi soir l’ouverture d’une enquête. Le ministre de la Justice n’a pas encore commenté la demande spécifique de Justicia Asbl visant Augustin Kabuya.  

Pour de nombreux observateurs, le traitement de ce dossier constituera un test de l’indépendance de la justice en RDC. Justicia Asbl insiste sur la nécessité de « rompre avec la culture de l’impunité » et de garantir que tous les acteurs politiques, quelle que soit leur appartenance, répondent de leurs actes devant la loi.

L’organisation dit craindre que l’absence de poursuites ne crée un précédent dangereux, où les manifestations publiques deviendraient des espaces de non-droit. Elle appelle la communauté nationale et internationale à suivre ce dossier avec attention.

Yves Sayo 

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