La pression monte d’un cran contre les réseaux d’exploitation minière illicite en province de l’Ituri. Dans la foulée de la récente mission du ministre des Mines, les services de sécurité ont lancé une offensive ciblée dans le territoire de Djugu. Une opération d’envergure menée à Nizi s’est soldée par l’arrestation de quatorze individus impliqués dans des activités extractives clandestines.
Le bilan fait état de onze ressortissants chinois et trois Congolais appréhendés sur le site. Selon les premières informations communiquées par les autorités militaires, ce groupe opérait en totale illégalité, exploitant des gisements miniers sans aucun titre ni autorisation délivrée par l’État congolais.
Le lieutenant Jules Ngongo, porte-parole des FARDC en Ituri, a confirmé que ces activités ne dataient pas d’hier. D’après les éléments en possession de l’Armée, ce réseau se serait implanté dès 2024 et aurait prospéré dans l’ombre, profitant de la complexité sécuritaire de la zone. L’intervention des forces de l’ordre a été facilitée par une mission de terrain du nouveau comité de la SOKIMO, dont les constats ont permis de localiser et de démanteler le site clandestin.
Présentés aux autorités provinciales le lendemain de leur interpellation, les suspects ont été placés à la disposition de la justice. Le Gouverneur militaire de l’Ituri a immédiatement annoncé sa volonté de saisir les instances judiciaires compétentes. L’objectif : établir clairement les responsabilités pénales et envoyer un signal fort.
La démarche des autorités provinciales s’articule autour de deux axes : premièrement, sanctionner les auteurs conformément à la loi minière et au code pénal ; deuxièmement, créer un effet dissuasif pour décourager la multiplication de sites illégaux dans cette région aurifère.
Au-delà de l’aspect économique, ce dossier prend une dimension sécuritaire préoccupante. Plusieurs indices recueillis sur le terrain laissent entrevoir d’éventuelles collusions entre certains exploitants clandestins et des groupes armés actifs en Ituri. Si ces liens venaient à être confirmés par l’enquête, ils viendraient alourdir un contexte déjà marqué par l’instabilité et les violences.
L’or issu de ces circuits parallèles est en effet régulièrement pointé du doigt comme l’une des sources de financement des milices locales. La traçabilité des minerais reste un défi majeur pour les autorités, dans une province où l’État peine parfois à imposer son monopole régalien sur l’ensemble du territoire.
Cette nouvelle affaire remet en lumière l’ampleur des pertes que subit l’économie congolaise à cause de l’exploitation illicite. Chaque année, des tonnes d’or échappent aux circuits officiels, privant le Trésor public de recettes fiscales et de redevances minières essentielles.
La problématique a d’ailleurs été replacée au centre du débat national ces dernières semaines. Le Président de la République a récemment appelé à un audit approfondi de tout le secteur minier. Cette demande intervient alors que les rapports sur la persistance des circuits parallèles se multiplient, mettant en évidence des failles dans la chaîne de contrôle et de certification.
L’intervention à Nizi s’inscrit dans une dynamique plus large de reprise en main du secteur par l’État. La mission du ministre des Mines en Ituri, suivie de cette opération sécuritaire, traduit une volonté politique affichée de combattre la fraude minière à la base.
La SOKIMO, société minière étatique, semble désormais associée plus étroitement aux actions de terrain pour identifier les exploitants sans titre. Reste à savoir si cette synergie entre services techniques, forces de sécurité et justice parviendra à inverser durablement la tendance.
En Ituri, où les enjeux économiques se mêlent étroitement aux questions de paix et de stabilité, le démantèlement des réseaux illégaux apparaît comme un préalable indispensable à toute relance structurée du secteur. L’affaire de Nizi sera donc scrutée de près, tant pour ses suites judiciaires que pour l’impact réel qu’elle aura sur les pratiques minières dans la province.
Biobe Mugheni