Jean-Marc Kabund, ancien premier vice-président de l’Assemblée nationale et président du parti Alliance pour le Changement, a tenu des propos sans équivoque à l’endroit du régime en place. Lors d’une récente intervention publique, l’opposant politique a décrit ce qu’il qualifie de « réseau structuré » opérant au cœur des institutions.
Selon lui, ce système ne se limite pas à des actes isolés de corruption. « C’est tout un réseau », a-t-il martelé, insistant sur le caractère organisé et systémique des pratiques qu’il dénonce. L’ancien cadre de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social pointe directement la responsabilité de plusieurs acteurs au sein de l’appareil d’État.
Le point central de sa déclaration concerne la sortie illicite de capitaux. Jean-Marc Kabund affirme que des sommes considérables sont prélevées sur les finances publiques pour être ensuite transférées à l’étranger. « Ils prennent beaucoup d’argent pour l’exporter vers des pays étrangers », a-t-il déclaré, sans toutefois citer nommément les bénéficiaires présumés de ces opérations.
Pour étayer ses accusations, le président de l’ACh a fait référence à un cas concret. Il a évoqué « les fonds qu’on a arrêtés la dernière fois à l’aéroport », faisant allusion à une saisie récente de devises par les services compétents. Cet exemple, selon lui, illustre l’ampleur du phénomène et confirme l’existence de circuits parallèles de transfert d’argent hors du pays.
Cette sortie médiatique intervient dans un contexte politique tendu, marqué par des débats récurrents sur la gouvernance, la transparence et la lutte contre la corruption en République Démocratique du Congo. Jean-Marc Kabund, qui a rompu avec la majorité présidentielle en 2022, s’est imposé depuis comme l’une des voix les plus critiques du pouvoir actuel.
Les propos de l’opposant soulèvent plusieurs questions de fond sur les mécanismes de contrôle des finances publiques. Ils interpellent directement les institutions chargées de la lutte contre le blanchiment d’argent et la délinquance financière, notamment la Cellule Nationale des Renseignements Financiers et l’Inspection Générale des Finances.
Jusqu’ici, aucune réaction officielle n’a été enregistrée de la part du gouvernement suite à ces déclarations. Les membres de la majorité présidentielle n’ont pas encore commenté publiquement les accusations portées par l’ancien vice-président de l’Assemblée nationale.
L’enjeu soulevé par Jean-Marc Kabund dépasse le simple cadre partisan. La fuite des capitaux constitue une problématique majeure pour l’économie congolaise, privée chaque année de ressources importantes qui pourraient être allouées aux secteurs sociaux de base, aux infrastructures ou à l’investissement productif.
Plusieurs organisations de la société civile et experts en gouvernance appellent régulièrement à renforcer les dispositifs de traçabilité des flux financiers et à sanctionner de manière exemplaire les auteurs de détournements. La déclaration de Jean-Marc Kabund vient ainsi relancer le débat sur l’efficacité des mécanismes de reddition des comptes.
En mentionnant explicitement une saisie effectuée à l’aéroport, l’opposant suggère que les services de sécurité et de douane disposent déjà d’éléments tangibles sur ces transferts illicites. La question reste désormais de savoir si ces dossiers donneront lieu à des poursuites judiciaires et à la publication des résultats d’enquêtes.
Pour de nombreux observateurs, cette prise de parole s’inscrit dans la stratégie politique de Jean-Marc Kabund à l’approche des prochaines échéances électorales. L’ancien secrétaire général de l’UDPS cherche à capitaliser sur les thématiques de la bonne gouvernance et de la lutte contre l’impunité, qui figurent parmi les principales attentes de la population.
La notion de « réseau » employée par l’opposant laisse entendre une organisation coordonnée, impliquant potentiellement des acteurs à différents niveaux de responsabilité. Cette caractérisation, si elle était avérée, impliquerait des ramifications complexes au sein de l’administration publique et du secteur privé.
Il convient de rappeler que la RDC a ratifié plusieurs conventions internationales relatives à la lutte contre la corruption et le blanchiment de capitaux. L’application effective de ces instruments juridiques reste toutefois un défi majeur, régulièrement pointé dans les rapports des partenaires techniques et financiers.
La sortie de Jean-Marc Kabund remet ainsi au centre du débat public la question de la volonté politique réelle de mettre fin à l’impunité économique et financière. Elle appelle également les institutions judiciaires à faire la lumière sur les allégations formulées et à communiquer sur les suites réservées aux cas de saisies déjà documentés.
Yves Sayo