Ads
André Wameso lâche une bombe : « Notre système économique étouffe la transparence »
By GéantRadio
Published on 24/04/2026 19:00
ÉCONOMIE

L’entretien accordé par André Wameso au magazine Jeune Afrique ne passe pas inaperçu. Nommé à la tête de la Banque centrale du Congo (BCC), le Gouverneur y aborde sans détour les maux qui fragilisent l’économie nationale. Transparence, dollarisation, souveraineté monétaire : les grands dossiers sont sur la table.  

Premier constat du patron de la BCC : les dysfonctionnements sont structurels. « Nous avons un système qui ne favorise pas la transparence », martèle André Wameso. Derrière cette phrase, il pointe des circuits financiers opaques, une faible traçabilité des opérations et des failles dans la reddition des comptes publics et privés.  

Pour le Gouverneur, ce manque de transparence alimente la défiance des investisseurs, complique la mobilisation des recettes et limite l’impact des politiques publiques. La reconnaissance du problème constitue, selon plusieurs observateurs, un préalable indispensable à toute réforme crédible.  

La RDC évolue dans un environnement marqué par une inflation encore volatile, une forte exposition aux cours des matières premières et une dépendance prononcée aux devises étrangères. Le secteur informel, qui représente une part majeure de l’activité, échappe largement aux statistiques et aux prélèvements fiscaux.  

Dans ce contexte, la BCC estime que l’assainissement de la gouvernance devient une urgence. Améliorer la transparence, c’est aussi renforcer la supervision bancaire, fiabiliser les données macroéconomiques et restaurer la confiance des ménages comme des partenaires internationaux.  

Sur la question sensible de la dollarisation, André Wameso tient à dissiper les malentendus. « Il n’y a aucune mesure prise contre le dollar. Nous avons pris des mesures pour le franc congolais », précise-t-il.  

Le message est clair : il ne s’agit pas d’interdire la devise américaine, mais de créer les conditions pour que la monnaie nationale retrouve sa place. La stratégie repose sur des incitations plutôt que sur des contraintes, afin d’éviter tout choc sur les circuits d’approvisionnement et sur le pouvoir d’achat.

Cette orientation traduit une ambition plus large : réaffirmer la souveraineté monétaire du pays. Aujourd’hui, plus de 80% des dépôts et une grande partie des transactions se font en dollars. Cette situation prive la Banque centrale de plusieurs leviers d’action et rend l’économie vulnérable aux politiques monétaires extérieures.  

Pour inverser la tendance, la BCC mise sur trois piliers : la stabilité du taux de change, le développement des paiements digitaux en francs et la consolidation de la confiance. Des campagnes de sensibilisation et des produits d’épargne attractifs en monnaie nationale sont également en préparation. 

André Wameso détaille plusieurs chantiers prioritaires. D’abord, la modernisation du système national de paiement pour garantir l’interopérabilité entre banques, mobile money et fintechs, avec un accent sur les transactions en francs congolais.  

Ensuite, le renforcement du cadre prudentiel et de la publication des statistiques. La BCC veut imposer une discipline de transparence aux acteurs financiers et publier plus régulièrement des indicateurs fiables sur l’inflation, les réserves et la masse monétaire.  

Enfin, l’éducation financière. L’objectif est d’expliquer aux citoyens les bénéfices d’un franc congolais stable : protection contre le risque de change, meilleur accès au crédit en monnaie locale, prévisibilité pour les PME.

Les propos du Gouverneur interviennent alors que la RDC négocie la stabilité macroéconomique sur plusieurs fronts. La lutte contre l’inflation importée, la gestion des recettes minières et le financement des infrastructures exigent une coordination étroite entre politique budgétaire et politique monétaire.  

Les partenaires techniques et financiers insistent eux aussi sur la nécessité de réformes structurelles : digitalisation de l’administration fiscale, élargissement de l’assiette, lutte contre les flux financiers illicites. 

Dans les milieux d’affaires, l’interview est perçue comme un signal de franchise bienvenu. La Fédération des entreprises du Congo salue la volonté de transparence mais réclame des actions rapides pour sécuriser l’accès aux devises des importateurs et clarifier le régime fiscal.  

Les banques commerciales attendent, de leur côté, des mesures concrètes pour réduire le coût des opérations en francs et améliorer la liquidité en monnaie nationale sur le marché interbancaire.  

En choisissant de nommer les problèmes, André Wameso rompt avec une tradition de discours feutré. Cette posture pourrait renforcer la crédibilité de la BCC, à condition que les annonces soient suivies d’effets visibles sur le terrain.  

Car au final, la réussite se mesurera à l’aune de deux indicateurs concrets pour la population : la stabilité des prix et la préservation du pouvoir d’achat.

Yves Sayo 

Comments
Comment sent successfully!

Chat Online