Après une année d’interruption, la Semaine française de Kinshasa (SFK) marque un tournant stratégique dans les relations bilatérales entre la République démocratique du Congo et la France. Pour Rémi Maréchaux, ambassadeur de France en RDC, cet événement revêt une importance capitale pour redynamiser les échanges économiques entre les deux nations liées par l’histoire, la langue et une diaspora active.
L’objectif affiché par la diplomatie française est clair : amplifier la présence économique de l’Hexagone sur le territoire congolais. La SFK s’impose comme un levier essentiel pour créer des synergies, faciliter les rencontres d’affaires et mettre en lumière les opportunités qu’offre le marché congolais, encore méconnu de nombreuses entreprises françaises.
« La RDC reste insuffisamment connue d’un grand nombre d’entreprises françaises malgré son potentiel immense. Certaines sont présentes depuis des décennies, mais beaucoup viennent aujourd’hui pour explorer, évaluer et nouer des partenariats locaux. C’est pour elles, avant tout, que nous mobilisons nos efforts », a expliqué Rémi Maréchaux.
L’ambassadeur insiste sur un paradoxe : la proximité culturelle et linguistique entre les deux pays ne se traduit pas encore par un niveau d’investissement à la hauteur des attentes. « Notre ambition est de renforcer notre présence économique, car elle n’est pas actuellement à la mesure ni du potentiel congolais, ni de notre familiarité réciproque, à commencer par la langue française que nous partageons », a-t-il ajouté.
Un atout majeur dans ce rapprochement demeure la diaspora congolaise de France. Nombre de ses membres expriment la volonté de revenir en RDC pour y investir et contribuer au développement économique. « Cette diaspora constitue un pont humain et économique entre nos deux pays. Nous devons davantage nous appuyer sur elle pour intensifier nos liens », a souligné le diplomate.
Dans son allocution, le représentant d’Emmanuel Macron a dressé un état des lieux chiffré de la présence française en RDC. À ce jour, 65 entreprises françaises y sont implantées. Elles ont investi près de 8 milliards USD et emploient directement environ 5 000 personnes. Si ces chiffres sont significatifs, ils restent modestes comparés à d’autres pays du continent. À titre illustratif, la Côte d’Ivoire accueille près de 700 entreprises françaises, et le Kenya environ 140.
« Notre objectif est d’attirer de nouveaux acteurs économiques en RDC, et en plus grand nombre. Le potentiel est là, mais il doit être mieux exploité », a martelé Rémi Maréchaux.
L’édition 2026 de la SFK prend une dimension particulière avec la participation d’une délégation de 25 entreprises, conduite par le MEDEF International. Pour l’ambassadeur, cette présence témoigne d’un intérêt renouvelé et s’inscrit dans la perspective d’un futur accord de partenariat économique entre Paris et Kinshasa.
Deux députés français, Aurélien Taché et Vincent Ledoux, étaient également présents. Missionnés pour définir les contours de ce futur accord de coopération économique, leur venue confirme une convergence de vues au plus haut niveau. « Ce n’est pas une coïncidence. Nous sommes conscients des opportunités exceptionnelles qu’offre la RDC », a précisé M. Maréchaux.
La RDC est en effet positionnée comme un acteur clé face aux défis climatiques mondiaux, notamment pour la préservation des forêts du bassin du Congo et la transition énergétique. La France, tant au niveau public que privé, affiche sa volonté d’accompagner des projets structurants comme le Couloir vert Kivu-Kinshasa et le barrage d’Inga III. Le soutien à l’augmentation de la production minière et à la transformation locale des minerais figure aussi parmi les priorités.
Organisée par la Chambre de commerce et d’industrie franco-congolaise en collaboration avec l’ambassade de France, la Semaine française de Kinshasa se veut une plateforme de mise en relation entre décideurs économiques et institutionnels. L’événement permet de découvrir les potentialités d’un pays francophone aux dimensions continentales et d’échanger, à travers des conférences sectorielles, sur l’état et les perspectives de l’économie congolaise.
Lancée en 2014, la SFK s’est imposée comme le rendez-vous économique annuel incontournable de la capitale congolaise. Elle offre aux entreprises des deux pays un cadre privilégié pour se connecter, collaborer et innover. Pour les sociétés françaises, elle constitue un véritable tremplin stratégique afin de mieux appréhender le marché congolais et consolider leur ancrage en Afrique centrale.
Après l’année blanche de 2025, cette édition 2026 symbolise donc une relance attendue. Elle traduit la volonté commune de Paris et de Kinshasa de bâtir des perspectives partagées, fondées sur des intérêts convergents et une coopération économique renforcée.
Yves Sayo