Près de trois années se sont écoulées depuis la signature, en 2023, des contrats destinés à relancer la pêche nationale. Pourtant, l’exploitation des navires acquis par le gouvernement demeure suspendue. Le secteur halieutique, qui espérait un nouveau souffle, reste confronté à l’incertitude.
Selon les informations communiquées lors du Conseil des ministres tenu en février dernier, huit bateaux de pêche sont actuellement accostés au port Onatra de Boma. Le parc se compose de trois navires de 27 mètres et de cinq unités plus petites de 8 mètres. Ces embarcations, achetées dans le cadre d’un programme gouvernemental de soutien à la pêche artisanale et semi-industrielle, n’ont à ce jour effectué aucune sortie officielle en mer pour le compte de l’État.
Les autorités indiquent que des inspections techniques ont été menées sur l’ensemble de la flotte. Ces contrôles visaient à évaluer l’état des navires après une longue période d’immobilisation. À l’issue de ces vérifications, plusieurs scénarios de mise en exploitation ont été présentés aux décideurs. Les options évoquées incluent la gestion directe par l’État, la concession à des opérateurs privés, ou encore la mise en place d’un partenariat public-privé.
Malgré ces avancées techniques, aucun calendrier précis n’a été rendu public concernant le rapatriement des navires vers leurs zones d’activité ni le lancement effectif des campagnes de pêche. Cette absence de visibilité suscite des interrogations croissantes parmi les professionnels du secteur. Pêcheurs, armateurs et coopératives locales s’inquiètent du retard accumulé et de l’impact sur la production halieutique nationale.
Le projet avait été annoncé comme une réponse au déficit de production de poisson et à la dépendance aux importations. La RDC importe chaque année plusieurs dizaines de milliers de tonnes de poissons pour couvrir la demande intérieure. La mise en service de ces huit navires devait permettre d’augmenter la production nationale afin de réduire l’écart entre l’offre locale et la demande des ménages. Elle devait également créer des emplois directs pour les marins, mécaniciens, techniciens de froid et le personnel à quai. Au-delà de l’emploi, l’objectif était de structurer la filière en encadrant la pêche semi-industrielle et en luttant contre la pêche illicite, tout en stabilisant les prix sur le marché et en renforçant la sécurité alimentaire grâce à un meilleur accès à une source de protéines abordable.
Depuis la signature des contrats en 2023, le dossier a connu plusieurs étapes administratives et logistiques. Après la livraison des navires à Boma, des questions liées à l’immatriculation, à la constitution des équipages, à la maintenance et au modèle économique ont ralenti le processus. Les acteurs du secteur pointent également le manque de communication. Sans feuille de route claire, il devient difficile pour les provinces côtières et fluviales de planifier l’intégration de ces navires dans les circuits de distribution existants.
Le gouvernement a réaffirmé son engagement à rendre la flotte opérationnelle. Les prochaines étapes attendues par les professionnels incluent la publication d’un chronogramme officiel précisant les dates de rapatriement par zone d’exploitation. Le secteur attend aussi une clarification du mode de gestion retenu, ainsi que le lancement de la formation des équipages et du recrutement du personnel navigant. La mise en place des infrastructures nécessaires, notamment les chambres froides, les chaînes de distribution et les ateliers de maintenance, figure également parmi les priorités. Enfin, un cadre réglementaire clair devra être défini pour encadrer l’exploitation et prévenir les conflits d’usage.
En attendant, les huit navires restent à quai au port Onatra. Pour les communautés de pêcheurs, chaque mois qui passe représente un manque à gagner et un frein au développement d’une filière pourtant jugée stratégique pour l’économie bleue de la RDC. Le secteur appelle désormais à des actions concrètes et à une communication transparente afin de lever les doutes qui pèsent depuis 2023 sur ce projet d’envergure.
Yves Sayo