À peine les opérations de vote pour l’élection du gouverneur et du vice-gouverneur achevées, l’Assemblée provinciale du Sankuru fait face à un blocage institutionnel majeur. L’organe délibérant fonctionne désormais au ralenti, faute de quorum pour tenir ses séances plénières.
Sur un effectif total de 25 députés provinciaux, au moins 18 élus sont actuellement en dehors de la province. Cette absence massive, qui représente plus de 70% des membres de l’institution, rend impossible toute délibération ou adoption de résolution, conformément au règlement intérieur exigeant un quorum minimal.
D’après plusieurs sources locales concordantes, le mouvement de départ des députés provinciaux vers la capitale a été observé dès le lendemain de la clôture du scrutin. Les motifs avancés par les élus pour justifier ce déplacement restent à ce jour non précisés officiellement par le bureau de l’Assemblée.
La situation a pris une tournure particulière sur les réseaux sociaux. Dans un premier temps, un groupe de députés encore présents au Sankuru avait dénoncé publiquement ce qu’ils qualifiaient de "désertion" de leurs collègues. Cette dénonciation avait fait l’objet d’une vidéo largement partagée et commentée en ligne.
Paradoxalement, certaines des mêmes voix qui s’étaient élevées pour fustiger le départ de leurs pairs ont, à leur tour, quitté la province dans les jours suivants pour rejoindre Kinshasa. Ce revirement a alimenté l’incompréhension au sein de la population et renforcé les critiques sur la cohérence des positions défendues.
Aucune communication officielle du bureau de l’Assemblée n’a, pour l’heure, détaillé les raisons de ces déplacements simultanés ni annoncé de calendrier précis pour la reprise des activités parlementaires en plénière.
Pour les organisations de la société civile et les mouvements citoyens du Sankuru, la situation actuelle est jugée "inacceptable" et "préjudiciable au bon fonctionnement des institutions".
Elles rappellent que la période post-électorale est cruciale pour l’exercice du contrôle parlementaire. Plusieurs dossiers jugés urgents et stratégiques pour la province nécessitent, selon elles, un suivi rigoureux et des décisions de l’organe délibérant. L’absence prolongée des élus bloque ainsi l’examen de ces questions et retarde la mise en œuvre de potentielles recommandations.
Le ralentissement de l’Assemblée provinciale intervient alors que le nouvel exécutif provincial, issu du récent scrutin, doit normalement entamer sa collaboration avec l’organe législatif. Les missions régaliennes de l’Assemblée — voter le budget, contrôler l’action du gouvernement provincial, légiférer sur les matières d’intérêt local — se trouvent de fait suspendues.
Des acteurs locaux craignent que ce vide institutionnel temporaire n’ouvre la voie à un affaiblissement durable du contre-pouvoir que représente l’Assemblée provinciale face à l’exécutif.
Face à ce blocage, des voix s’élèvent au sein de la société civile pour appeler les députés provinciaux à la responsabilité. Les organisations citoyennes exigent un retour immédiat des élus en province afin de rétablir le fonctionnement normal de l’institution.
Elles demandent également au bureau de l’Assemblée de communiquer de manière transparente sur les motifs de cette absence collective et de fixer, dans les plus brefs délais, la date de la prochaine plénière pour rassurer la population.
En l’état, l’Assemblée provinciale du Sankuru demeure dans l’incapacité juridique et pratique de se réunir, laissant en suspens l’ensemble des dossiers inscrits à son ordre du jour. La durée de cette paralysie et ses conséquences sur la gouvernance locale restent au centre des préoccupations dans la province.
Lambert Mwamba