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Trump veut-il délocaliser le problème afghan en RDC ? Kinshasa dans le flou
By GéantRadio
Published on 22/04/2026 09:17
POLITIQUE

Plusieurs médias américains rapportent que l’administration de Donald Trump examinerait l’option d’envoyer en République démocratique du Congo une partie des Afghans ayant collaboré avec les forces américaines durant la guerre d’Afghanistan. Des discussions seraient actuellement en cours avec les autorités congolaises, selon ces mêmes sources.

Le dossier s’inscrit dans les suites du retrait militaire américain d’Afghanistan en août 2021. Washington avait alors évacué près de 100 000 Afghans dans le cadre de l’opération _Allies Welcome_. Le groupe concerné rassemble d’anciens interprètes, des contractuels, des militaires, des employés d’ONG ainsi que leurs familles. Tous sont considérés comme exposés à des risques de représailles de la part des talibans depuis leur retour au pouvoir à Kaboul.

Une part importante de ces ressortissants relève du programme SIV, Special Immigrant Visa. Beaucoup de dossiers restent en attente de traitement définitif en raison des quotas annuels et des procédures de vérification sécuritaire. Depuis 2021, les États-Unis sollicitent régulièrement des pays tiers pour accueillir temporairement ou durablement ces alliés, le temps de finaliser les procédures d’immigration vers le territoire américain.

Selon les sources citées, les pourparlers avec Kinshasa porteraient sur la capacité de la RDC à recevoir un contingent d’Afghans. L’encadrement juridique et logistique d’une telle opération resterait à définir. Côté américain, le Département d’État serait en première ligne. Côté congolais, aucun ministère n’a confirmé publiquement sa participation aux échanges. Aucun chiffre officiel n’est avancé concernant le nombre de personnes. Les médias évoquent « plusieurs milliers » de cas prioritaires parmi les profils jugés les plus vulnérables.

Le dossier serait encore au stade exploratoire. Aucun mémorandum ni accord bilatéral n’a été signé à ce stade. La RDC est mentionnée pour plusieurs raisons. Le pays dispose de vastes espaces et d’une faible densité de population dans certaines provinces. Kinshasa et Washington entretiennent déjà une coopération sur les questions sécuritaires dans l’Est, la lutte contre le trafic illicite et l’accès aux minerais stratégiques. Dans la région, l’Ouganda et le Rwanda ont déjà accueilli temporairement des évacués afghans en 2021-2022, sous supervision américaine et avec l’appui du HCR.

Plusieurs défis se posent si le projet se concrétise. La RDC compte déjà 7,3 millions de déplacés internes selon les agences onusiennes. L’intégration d’une nouvelle population demanderait des infrastructures adaptées, un financement dédié et un accompagnement social sur plusieurs années. Le statut juridique des personnes réinstallées reste à clarifier. Il pourrait s’agir d’un statut de réfugié, d’une protection temporaire ou d’un accord bilatéral spécifique.

Les précédents accords de réinstallation conclus par les États-Unis prévoyaient une prise en charge américaine pour le logement, la santé, l’éducation et l’insertion professionnelle. L’acceptabilité sociale du projet dépendra de la communication auprès des communautés hôtes, des autorités provinciales et de la société civile. La sélection des sites d’installation devra tenir compte des zones de conflit, notamment dans l’Est du pays, pour garantir la sécurité des personnes accueillies.

À ce jour, aucune position officielle n’a été communiquée par le gouvernement congolais. Le ministère des Affaires étrangères n’a ni confirmé ni infirmé l’existence de discussions. Le Département d’État américain n’a pas commenté publiquement les informations de presse. La Maison-Blanche n’a pas inscrit ce sujet à son agenda officiel. Des ONG de défense des droits humains appellent à la transparence sur les critères de sélection, les garanties de protection et la durée de séjour. Le HCR n’a pas indiqué être associé aux échanges à ce stade, bien que son implication soit habituelle dans les programmes de réinstallation à grande échelle.

Si les discussions avancent, plusieurs étapes seront nécessaires. Tout accord devra obtenir l’aval des exécutifs congolais et américain, puis potentiellement des parlements pour les aspects budgétaires. Des missions techniques d’évaluation sont généralement dépêchées pour analyser les sites, les besoins et les coûts. La durée de séjour, les droits au travail, l’accès aux services publics et les mécanismes de regroupement familial devront être formalisés. Une communication publique conjointe préciserait, le cas échéant, le nombre de personnes concernées, le calendrier et les responsabilités de chaque partie.

Tant que Kinshasa et Washington ne s’expriment pas officiellement, le dossier reste au stade de projet évoqué par la presse. Les accords précédents incluaient souvent une clause permettant aux bénéficiaires de rejoindre ensuite les États-Unis une fois leur visa approuvé. Un tel partenariat renforcerait la coopération RDC–États-Unis, mais pourrait aussi susciter des débats sur les priorités nationales en matière migratoire. Aucun calendrier n’est avancé. Les processus similaires ont pris entre 6 et 18 mois dans d’autres pays partenaires.

L’information repose exclusivement sur des révélations de médias américains. Aucun document officiel ne permet aujourd’hui d’attester l’existence d’un accord en cours de finalisation entre les États-Unis et la République démocratique du Congo.

Yves Sayo 

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