Déposée il y a quelques heures seulement au bureau de l’Assemblée nationale, la motion de défiance visant le Vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Jacquemain Shabani, perd déjà de son élan. La cause : le désaveu public exprimé ce mardi 14 avril par le regroupement politique AFDC-A, dirigé par le sénateur Modeste Bahati Lukwebo.
Dans un communiqué rendu public et signé de sa main, le président de l’AFDC-A a formellement désapprouvé l’initiative portée par deux élus de son regroupement. Les députés nationaux Cizungu Ntaboba Landry et Placide Wemba Mukagwa ont en effet apposé leurs signatures à la motion initiée par leur collègue Yangotikala Lady, élue de Kisangani.
Selon Modeste Bahati, cette démarche a été menée de manière « isolée » et en violation du règlement intérieur de l’AFDC-A. Le regroupement, membre à part entière de l’Union sacrée de la Nation, plateforme politique du Président Félix Tshisekedi, affirme n’avoir été ni consulté ni associé à l’action parlementaire.
Le communiqué de l’AFDC-A est sans ambiguïté. Le sénateur Bahati Lukwebo demande explicitement aux deux députés concernés de « bien vouloir retirer leurs signatures » de la motion de défiance. Ce retrait, s’il intervient, pourrait compromettre l’aboutissement de la procédure, celle-ci étant conditionnée par l’obtention d’un nombre minimum de signatures pour être inscrite à l’ordre du jour.
La motion portée par la députée Yangotikala Lady reproche au VPM Jacquemain Shabani plusieurs griefs majeurs. L’élue de Kisangani évoque notamment la violation de la libre administration des provinces, l’entrave au contrôle parlementaire, l’atteinte au principe de séparation des pouvoirs, ainsi que des abus d’autorité à des fins partisanes. Elle tient le patron de la sécurité nationale pour responsable d’une « insécurité persistante » à travers le pays.
Le désengagement a commencé avant même la publication du communiqué de l’AFDC-A. Dès la matinée de ce mardi, le député Cizungu Ntaboba Landry avait annoncé publiquement son retrait de l’initiative. Il se désolidarise ainsi de l’action menée par sa collègue Yangotikala Lady, rejoignant la ligne officielle de son regroupement politique.
Conformément au règlement de l’Assemblée nationale, une motion de défiance doit réunir un nombre requis de signatures pour être déclarée recevable. Si ce seuil est atteint, le Vice-Premier ministre de l’Intérieur serait dans l’obligation de présenter sa démission à la Première ministre. À défaut, la motion serait soumise au vote en plénière, et son adoption entraînerait la déchéance automatique du membre du gouvernement visé.
Le retrait d’une ou plusieurs signatures fragilise donc directement la dynamique de la motion. L’intervention de l’AFDC-A réduit significativement les chances de voir le texte atteindre la plénière, d’autant que le regroupement de Modeste Bahati Lukwebo compte un poids non négligeable au sein de la majorité parlementaire.
Cette prise de position illustre la discipline que tente d’imposer l’Union sacrée à ses composantes. En tant que plateforme politique du chef de l’État, elle veille à éviter des initiatives parlementaires jugées « non concertées » contre des membres du gouvernement. L’AFDC-A rappelle ainsi à ses élus la primauté des orientations du regroupement sur les démarches individuelles.
Le timing de cette motion intervient dans un contexte sécuritaire tendu, où le ministère de l’Intérieur est régulièrement interpellé sur la situation dans l’Est et dans plusieurs centres urbains. Le désaveu de l’AFDC-A peut être lu comme une volonté de préserver la stabilité gouvernementale et d’éviter d’ouvrir un front institutionnel supplémentaire.
La balle est désormais dans le camp des deux députés. Leur maintien ou le retrait définitif de leurs signatures déterminera si la procédure contre le VPM Jacquemain Shabani peut survivre à ce premier coup d’arrêt. À l’Assemblée nationale, les regards sont tournés vers le bureau qui devra, dans les prochaines heures, faire le décompte officiel des signatures valides.
Yves Sayo