Malgré sa récente émission d’euro-obligations de 1,25 milliard USD, la RDC conserve l’un des ratios d’endettement public les plus bas d’Afrique subsaharienne.
Avec une dette publique estimée à 17,8% du PIB fin 2025, le pays se situe trois fois en dessous du Kenya (67,4%), de la Namibie (65,1%) et de l’Angola (61,9%). Ce faible niveau s’explique par une gestion prudente depuis l’initiative PPTE en 2010 et un accès limité aux marchés internationaux.
L’opération du 2 avril 2026 est la première émission souveraine en devises de la RDC depuis plus de 20 ans. Elle vise à diversifier les financements, soutenir les infrastructures prioritaires et créer une référence de crédit pour les futurs émetteurs congolais.
Selon la DGDP, l’impact sur la soutenabilité reste limité : le ratio dette/PIB atteindrait 20,1% en 2026, bien sous le seuil de 70% du FMI. Le service de la dette extérieure resterait inférieur à 12% des exportations, contre 21% de médiane régionale.
Ce sous-endettement tient à quatre facteurs : recours aux prêts concessionnels, assiette budgétaire étroite, prime de risque élevée jusqu’en 2023, et renforcement du cadre de gestion avec le Compte Unique du Trésor.
Trois risques persistent néanmoins : l’exposition au change avec 94% de dette extérieure en devises, la concentration des échéances entre 2031 et 2036, et l’enjeu de gouvernance dans l’affectation des fonds aux projets productifs.
Le Ministère des Finances conditionne toute nouvelle émission à une notation stable, un ratio dette/exportations < 150%, et un taux d’exécution des projets > 75%. Objectif : porter l’investissement public à 14% du PIB d’ici 2028 sans dépasser 35% de dette/PIB.
L’eurobond normalise l’accès de Kinshasa aux capitaux internationaux sans compromettre sa marge de manœuvre budgétaire. L’enjeu sera d’utiliser cette marge pour transformer l’économie, en maintenant discipline et transparence.
Yves Sayo