A Addis Abeba devant le Parlement éthiopien, le sénateur congolais Salomon Kalonda Idi Della a prononcé un discours sans concession à l'occasion du Forum parlementaire sur le renseignement et la sécurité. Le thème officiel portait sur l'intégrité électorale et la démocratie en Afrique. La République Démocratique du Congo a servi de fil rouge à son intervention.
L'élu du Haut-Katanga a directement mis en cause le processus politique en cours à Kinshasa. Selon lui, un "processus de changement constitutionnel" est en préparation dans le pays. L'objectif affiché serait de lever les verrous actuels afin de permettre au Président en exercice de briguer un troisième mandat. Une perspective que le sénateur estime en contradiction avec la Constitution congolaise.
Salomon Kalonda a décrit la réponse des autorités aux contestations. Il a rappelé la mobilisation de l'opposition et de la société civile. "Les citoyens sont descendus dans les rues", a-t-il déclaré. Le bilan, selon lui, est lourd: "Des manifestants ont été tués. Du sang a encore coulé sur le sol congolais."
Il a ensuite pointé la position de la communauté internationale. Le silence observé par plusieurs partenaires face à ces violences ne relèverait pas d'une neutralité diplomatique. Le sénateur l'a qualifié de "complicité". Pour lui, ne pas condamner revient à valider.
L'intervention s'est articulée autour d'une distinction centrale. Le sénateur a opposé deux méthodes de confiscation du pouvoir.
D'un côté, le "coup d'État militaire". Il est visible, immédiatement condamné par l'Union Africaine et les partenaires bilatéraux, et suivi de sanctions.
De l'autre, le "coup d'État constitutionnel". Plus discret, il passe par des outils institutionnels. Référendum organisé sur mesure, révision des règles du jeu, magistrats alignés sur le pouvoir exécutif. "Il n'y a pas de mauvais coups d'État d'un côté, de bons coups d'État de l'autre", a martelé Salomon Kalonda. Il demande la fin de ce deux poids deux mesures dans le traitement international.
Au-delà du cas congolais, le sénateur a dressé la liste des dysfonctionnements structurels qui fragilisent les scrutins sur le continent.
Commissions électorales non indépendantes: leur manque d'autonomie budgétaire et administrative les rend vulnérables aux pressions du pouvoir.
Instrumentalisation de la justice: des juridictions électorales invalideraient de manière ciblée des candidatures populaires, vidant la compétition de sa substance avant même le vote.
Coupures d'internet: intervenant souvent au moment de la proclamation des résultats, elles sont pour le sénateur un "aveu" de défiance du pouvoir envers ses propres chiffres.
Ces pratiques, répétées dans plusieurs pays, érodent la confiance des citoyens et la crédibilité des institutions.
Face à ce constat, Salomon Kalonda a formulé quatre pistes concrètes à l'attention des parlementaires africains.
1. Créer une cellule africaine permanente de veille électorale: une structure dotée d'un mandat d'alerte précoce, capable d'analyser les signaux avant, pendant et après les élections.
2. Investir dans une souveraineté numérique électorale africaine: il s'agit de développer des infrastructures, des serveurs et des compétences locales pour sécuriser les données électorales et limiter les dépendances extérieures.
3. Renforcer la confiance par des audits transparents et inclusifs: les processus d'audit des fichiers électoraux et des résultats devraient associer partis politiques, société civile et experts indépendants.
4. Adopter un protocole parlementaire d'observation pré-électorale: l'observation ne devrait plus se limiter au jour du vote. Le protocole proposé couvrirait l'ensemble du cycle, de l'enregistrement des électeurs jusqu'à la proclamation définitive des résultats.
Pour le sénateur, seule une approche continue et préventive peut dissuader les manipulations.
En conclusion, Salomon Kalonda a élargi son propos au secteur minier congolais. Il a établi un lien direct entre déficit démocratique et désavantage économique.
Selon lui, l'absence de démocratie effective affaiblit la position des partenaires économiques occidentaux en RDC. Dans un contexte de compétition internationale, ces derniers feraient face à des acteurs qui "ne jouent pas à armes égales". La stabilité institutionnelle et la prévisibilité des règles seraient donc un enjeu autant politique que commercial.
Le message du sénateur a été reçu dans une salle attentive. Il intervient alors que plusieurs pays africains sont engagés dans des révisions constitutionnelles ou préparent des échéances électorales majeures.
En posant la question de l'asymétrie de traitement entre les différents types de rupture démocratique, Salomon Kalonda a voulu replacer l'intégrité électorale au centre de l'agenda de sécurité du continent. Pour lui, la démocratie ne se défend pas seulement contre les armes, elle se défend aussi contre les textes votés à la hâte.
Yves Sayo