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Marche reportée : l’opposition troque la rue contre un dialogue sous influence burundaise
By GéantRadio
Published on 04/07/2026 12:37
POLITIQUE

Initialement annoncée pour ce mercredi 8 juillet 2026, la manifestation de la Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel, C64, est reportée au mercredi 22 juillet 2026. Le rassemblement, prévu à Kinshasa et dans plusieurs autres villes, devait avoir pour point de chute le Palais de la Nation, siège officiel du président de la République. 

La coalition, qui regroupe notamment Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund et d’autres figures de l’opposition, justifie ce report par une invitation officielle d’Évariste Ndayishimiye, président de la République du Burundi et président en exercice de l’Union africaine. L’objet de la rencontre annoncée porte sur la situation politique, sécuritaire et institutionnelle de la RDC.

Dans un communiqué, la C64 explique avoir décidé, "dans un esprit de responsabilité", de répondre favorablement à cette démarche. Pour la coalition, toute voie susceptible de préserver l’ordre constitutionnel doit être explorée.

Elle entend profiter de ce cadre pour exposer "avec clarté et fermeté" ce qu’elle présente comme les préoccupations du peuple congolais. Au centre de sa mobilisation figure le rejet de toute révision constitutionnelle visant à permettre un nouveau mandat au président Félix Tshisekedi, alors que son second et dernier mandat arrive à échéance.

La C64 rappelle qu’elle ne fait pas de la marche un objectif en soi. Elle met en avant le devoir de résistance face à toute violation du régime institutionnel, en référence aux mobilisations déjà tenues les 19 mai, 3 juin et 12 juin derniers.

Ce report intervient alors que Félix Tshisekedi effectue un séjour en République du Congo pour des entretiens avec son homologue Denis Sassou Nguesso. L’initiative burundaise suscite plusieurs interrogations dans la classe politique.

Sur son compte X, Francine Muyumba, cadre du Front commun pour le Congo de Joseph Kabila, s’interroge sur la nature exacte de cette démarche. S’agit-il d’une initiative propre au Burundi, d’une démarche portée par Kinshasa, ou d’un nouveau processus de l’Union africaine ? 

Elle rappelle que les processus de Luanda, de Nairobi et la médiation confiée au Togo étaient censés être harmonisés, sans résultats visibles à ce jour. "L’Union africaine a-t-elle officiellement confié un nouveau mandat de médiation au Burundi ou au président en exercice de l’UA ? Si oui, lequel et avec quels objectifs ?", demande-t-elle.

L’ancienne sénatrice du Haut-Katanga doute par ailleurs de la neutralité du président burundais. Elle souligne la présence de militaires burundais en RDC aux côtés des FARDC et estime que cette situation fragilise la posture de médiateur. "À force de multiplier les processus sans résultats tangibles, on donne l’impression d’une distraction diplomatique", affirme-t-elle, en plaidant pour un dialogue national inclusif porté par les Congolais.

L’ancien gouverneur de l’Équateur et ancien cadre du MLC, José Makila Sumanda, a lui aussi critiqué la décision de la C64. Lors d’un Space X animé par Stanis Bujakera en présence de Martin Fayulu, il a estimé que le président burundais n’était pas en position de convoquer l’opposition congolaise.

"Ce monsieur fait partie intégrante du conflit au Congo ! Comment va-t-il résoudre ces problèmes pour que les Congolais retrouvent la paix ? De qui tient-il ce mandat ?", a-t-il lancé, en rappelant l’engagement des troupes burundaises dans l’Est.

Pour José Makila, la C64 ne doit pas "tomber dans le piège de Félix Tshisekedi". Il rejette tout dialogue perçu comme une négociation de postes et réclame plutôt la mise en place d’une CENI indépendante, l’adoption d’une nouvelle loi électorale et la tenue des élections en 2028. Il a également défendu la Constitution du 18 février 2006, qu’il considère comme le seul fondement légitime du pouvoir.

De son côté, Martin Fayulu a minimisé l’importance du rôle personnel du président burundais. "Ce qui nous regarde, c’est qu’il est président en exercice de l’Union africaine", a-t-il déclaré lors du même échange.

Le président de l’Engagement pour la Citoyenneté et le Développement a réaffirmé l’objectif central de la C64 : le respect de la loi fondamentale et l’organisation d’élections en 2028. "Tshisekedi, avec ses deux mandats usurpés, il part", a-t-il martelé.

Avant d’adresser ses invitations, Évariste Ndayishimiye s’était rendu à Kinshasa pour une visite d’État de 48 heures. Aux côtés de Félix Tshisekedi, il avait insisté sur la nécessité de stabiliser les institutions et de préserver l’unité nationale face à l’insécurité dans l’Est.

"J’ai appelé, je conseille même tous les Congolais à rester unis. Il faut avoir confiance que vous avez un ennemi commun et, face à un ennemi commun, pour le combattre, il faut l’unité", avait-il déclaré. Le président burundais s’était dit disponible pour accompagner toute initiative en faveur de la stabilité de la RDC et avait salué l’ouverture au dialogue du chef de l’État congolais.

Selon plusieurs sources relayées par RFI, l’invitation burundaise aurait également été adressée au Dr Denis Mukwege, à la CENCO et à l’ECC. Le camp de Joseph Kabila affirme, quant à lui, ne pas avoir été formellement saisi.

Sur le fond, le paysage politique reste divisé. Le pouvoir privilégie un dialogue encadré par les institutions. Une grande partie de l’opposition et une partie de la société civile soutiennent, elles, un dialogue sous l’égide de la CENCO et de l’ECC, avec des mécanismes de justice transitionnelle et le rejet de toute forme d’impunité.

À ce jour, aucun dialogue national formel n’a été convoqué. Les initiatives diplomatiques menées par Washington et Doha se poursuivent, sans impact visible sur le terrain, notamment au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. La médiation angolaise, autrefois très active, reste discrète ces derniers mois, malgré des échanges réguliers entre Kinshasa et Luanda.

Avec ce report au 22 juillet, la C64 parie sur la voie des consultations pour faire entendre ses revendications. Reste à savoir si cette nouvelle fenêtre diplomatique permettra de débloquer une crise institutionnelle que beaucoup jugent déjà cristallisée.

Yves Sayo 

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