La volonté du gouvernement congolais d’accueillir des ressortissants de pays tiers expulsés des États-Unis provoque une vive polémique en République démocratique du Congo.
Convoquée Mardi à l’Assemblée nationale, la ministre d’État aux Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, devra détailler les contours de ce projet qui divise la classe politique et la société civile.
À l’origine de la question orale, le député Emile Sumaili Miseka, élu de Shabunda au Nord-Kivu et membre de l’Union sacrée de la nation, exige des précisions avant toute mise en œuvre. Il soulève trois enjeux majeurs : la durée de séjour des personnes concernées, les sites d’hébergement retenus et les dispositifs sécuritaires prévus. « Combien de temps ces étrangers vont-ils rester sur notre sol ? Où seront-ils logés ? Dans quelle province et dans quelle ville ? », a-t-il lancé devant la presse parlementaire. L’élu rappelle que l’accueil d’étrangers a déjà eu des « conséquences lourdes » dans l’est du pays, où la situation humanitaire reste fragile.
Christian Mwando, président du groupe parlementaire Ensemble pour la République, a déposé une question d’actualité sur le même dossier. Cette double interpellation majorité et opposition traduit une inquiétude transversale sur les implications sécuritaires, sociales et budgétaires de l’accord. Les deux camps réclament la publication du protocole signé avec Washington et un débat public sur sa pertinence.
À Kinshasa, la plateforme des Forces vives appelle le gouvernement à renoncer à l’initiative. Son porte-parole Jean-Bosco Lalo estime que « dans un pays déjà confronté à des crises sécuritaires, humanitaires et sociales, cette mesure est inopportune et potentiellement dangereuse pour l’avenir ». L’organisation souligne que la RDC peine déjà à prendre en charge plusieurs millions de déplacés internes. « Comment un gouvernement incapable de maîtriser le nombre exact de ses citoyens pourrait-il consentir à un tel projet ? », s’interroge-t-il.
À ce stade, ni le nombre de migrants concernés, ni leurs nationalités, ni le calendrier de leur arrivée n’ont été communiqués. Les modalités de départ définitif de ces ressortissants depuis la RDC restent également inconnues. Pour les députés comme pour la société civile, cette opacité nourrit les suspicions et accroît la tension politique. Plusieurs voix redoutent que la RDC devienne une zone de transit permanente sans mécanismes de contrôle ni financement clair.
L’intervention de Thérèse Kayikwamba Wagner est jugée décisive pour la suite du partenariat migratoire avec Washington. Les élus attendent un exposé détaillé sur la base juridique de l’accord, l’évaluation des coûts, le partage des responsabilités et les garanties diplomatiques obtenues. Entre les exigences du Parlement et la mobilisation citoyenne, le gouvernement doit clarifier sa position alors que le pays fait face à des défis majeurs au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en Ituri.
Yves Sayo