La République démocratique du Congo a manqué une occasion de mieux comprendre les causes de l’échouage d’une baleine sur les côtes de Muanda, dans la province du Kongo-Central. La ministre de l’Environnement et du Développement durable, Marie Nyange Ndambo, l’a confirmé : aucune analyse n’a pu être réalisée sur le cétacé retrouvé.
La raison est simple mais révélatrice. Le pays ne dispose que de deux spécialistes habilités à mener ce type d’expertise. Or, au moment des faits, les deux étaient en mission à l’étranger. Faute de personnel qualifié disponible sur place, la dépouille n’a donc pas pu faire l’objet de prélèvements ni d’examens scientifiques.
L’annonce a été faite par la ministre au cours d’un échange avec la presse. Elle a tenu à expliquer le contexte et les limites actuelles du dispositif national de réponse face à ce genre d’événements maritimes.
Selon Marie Nyange Ndambo, le manque de spécialistes dans le domaine de la faune marine constitue un frein majeur à la gestion des incidents impliquant les mammifères marins.
« La RDC ne compte que deux spécialistes capables de faire ce travail, et malheureusement ils étaient tous les deux en mission à l’étranger au moment de l’incident », a-t-elle précisé.
Cette situation met en lumière une réalité : le pays, bien que disposant d’une façade maritime de 37 km, n’a pas encore structuré une filière solide de biologie marine, de vétérinaire faunique et de médecine des écosystèmes côtiers.
Pour la ministre, ce vide institutionnel rend difficile toute intervention rapide et scientifiquement fiable lorsqu’un animal marin s’échoue, qu’il soit vivant ou mort. Les protocoles d’autopsie, de prélèvement de tissus, d’analyse toxicologique ou de recherche de pathogènes ne peuvent pas être appliqués sans personnel formé.
L’échouage de la baleine à Muanda avait suscité une vive émotion et de nombreuses interrogations au sein de la population locale. Les images du cétacé sur la plage avaient rapidement circulé sur les réseaux sociaux, avec des hypothèses variées sur les causes du décès : pollution, collision, maladie, ou encore perturbation des courants.
En l’absence d’analyse, il est aujourd’hui impossible de déterminer avec certitude l’origine de la mort de l’animal. Les autorités locales s’étaient mobilisées pour sécuriser la zone et organiser l’enlèvement de la carcasse pour des raisons sanitaires, mais sans pouvoir aller plus loin sur le plan scientifique.
Cet épisode souligne l’importance d’un diagnostic pour comprendre non seulement ce qui arrive à la faune, mais aussi l’état de santé du littoral congolais.
Consciente de cette lacune, la ministre de l’Environnement a indiqué que son département travaille à corriger cette situation. L’objectif est de former davantage de cadres congolais aux métiers liés à la conservation marine et à la gestion des échouages.
- La formation universitaire : encourager les facultés des sciences à créer des spécialisations en biologie marine et en pathologie de la faune sauvage.
- Les partenariats internationaux : nouer des collaborations avec des instituts spécialisés en Afrique de l’Ouest, en Afrique du Sud et en Europe pour le transfert de compétences.
- La mise en place d’un réseau d’alerte : doter les provinces côtières d’équipes de première intervention capables de sécuriser le site en attendant l’arrivée d’experts.
Pour Marie Nyange Ndambo, investir dans le capital humain est désormais une priorité. « Nous ne pouvons pas protéger ce que nous ne comprenons pas. Avoir des experts nationaux, c’est garantir une réaction rapide et souveraine face à ces incidents », a-t-elle souligné.
Au-delà de l’aspect scientifique, l’absence d’analyse pose aussi une question de gouvernance environnementale. La RDC est signataire de plusieurs conventions internationales sur la protection de la biodiversité marine. Pouvoir documenter les cas d’échouage fait partie des engagements du pays.
Disposer de données fiables permettrait également de mieux suivre l’impact du changement climatique, de la pollution plastique et du trafic maritime sur la faune du littoral atlantique congolais.
Les organisations de conservation estiment que chaque échouage est une opportunité de recherche. Les tissus d’un cétacé peuvent révéler la présence de contaminants, l’état des stocks de poissons, ou encore les effets du bruit sous-marin.
L’incident de Muanda relance donc le débat sur les moyens alloués à la protection de l’environnement en RDC. Le ministère plaide pour un budget plus conséquent et pour l’intégration de la dimension marine dans les politiques publiques.
La ministre a conclu en appelant à la mobilisation des partenaires techniques et financiers. L’enjeu est de ne plus se retrouver démuni face à un phénomène naturel qui, s’il reste rare, nécessite une réponse à la hauteur.
Avec seulement deux spécialistes pour tout le pays, la RDC mesure aujourd’hui l’urgence de bâtir une expertise nationale. L’échouage de Muanda restera ainsi comme un rappel : protéger la biodiversité, c’est aussi former ceux qui savent l’analyser.
Biobe Mugheni