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Bakwa Dianga, nouveau mémorial politique : le Sphinx de Limete surveille Mbujimayi
By GéantRadio
Published on 22/05/2026 07:07
POLITIQUE

A Mbujimayi, impossible de manquer le nouveau visage du rond-point Bakwa Dianga. L’espace, longtemps connu des habitants sous le nom de « Étoile », accueille désormais le buste monumental d’Étienne Tshisekedi wa Mulumba. L’installation, visible des deux côtés de la circulation, s’impose immédiatement comme un point de repère visuel fort dans le paysage urbain de la capitale du Kasaï-Oriental.  

L’œuvre se distingue par sa double lecture. D’un côté, la face du sphinx politique kasaïen, le regard tourné vers l’avenue principale, semble veiller sur les allées et venues quotidiennes. De l’autre, l’arrière-plan du buste crée un contraste net avec le ciel et les bâtiments environnants, offrant aux passants et aux automobilistes un arrêt visuel qui marque la journée. Plus qu’un simple monument, c’est une déclaration symbolique plantée au cœur de la circulation.  

Le choix du rond-point Bakwa Dianga n’est pas anodin. Anciennement appelé « Étoile », ce carrefour est l’un des nœuds routiers les plus fréquentés de la ville. En y installant le buste du « Sphinx de Limete », les autorités locales inscrivent la mémoire d’Étienne Tshisekedi dans le quotidien des Mbujimayiens. Le lieu passe ainsi du statut de simple zone de transit à celui d’espace de reconnaissance publique, où l’histoire politique récente croise la vie de tous les jours.  

Pour comprendre l’émotion que suscite cette installation, il faut rappeler qui était Étienne Tshisekedi. Avocat, opposant historique au régime de Mobutu, fondateur de l’UDPS, il a incarné pendant plus de trois décennies la lutte pour la démocratisation et l’alternance en République Démocratique du Congo. Son influence a marqué plusieurs générations, particulièrement dans le Grand Kasaï, dont il est originaire. À Mbujimayi, son nom résonne encore comme celui d’un père politique et d’un symbole de résistance pacifique.  

Sur le plan urbanistique, le buste redessine la perception du rond-point. Là où les conducteurs passaient sans s’arrêter, l’œil est désormais capté. Les vendeurs ambulants, les taxis-motos et les piétons ralentissent pour observer. L’espace public reprend ainsi sa fonction première : être un lieu de rencontre, de regard et de mémoire collective. Le monument transforme un point de congestion en un point de contemplation.  

Dans la ville, les premiers commentaires soulignent le caractère à la fois familier et solennel de l’œuvre. Pour beaucoup, voir le visage de Tshisekedi à Bakwa Dianga revient à ramener la figure du leader dans la rue, au milieu du peuple. Ce n’est pas un hommage enfermé dans un musée ou une salle officielle, mais une présence qui accompagne les habitants dans leurs activités quotidiennes. Le monument devient ainsi un marqueur identitaire pour Mbujimayi, qui se reconnaît dans ce pan de son histoire politique.  

L’impact de cette installation dépasse le cadre esthétique. Elle pose la question de la transmission mémorielle aux jeunes générations qui n’ont pas connu les années de lutte de l’opposant. En voyant ce buste chaque jour, elles sont invitées à s’interroger sur l’homme, son parcours et les valeurs qu’il défendait : justice sociale, État de droit, souveraineté du peuple. Le rond-point devient alors un support pédagogique à ciel ouvert.  

Au-delà de l’hommage, cette réalisation interroge la manière dont les villes congolaises investissent leurs espaces publics. Mbujimayi montre qu’il est possible de conjuguer fonctionnalité routière et valorisation culturelle. Le rond-point Bakwa Dianga illustre comment un aménagement peut servir à la fois la circulation, l’identité locale et la mémoire collective, sans opposer ces dimensions.  

Déjà, les habitants commencent à adapter leur langage. « On se voit à l’Étoile » cède progressivement la place à « On se retrouve au buste de Tshisekedi ». En quelques jours, l’installation s’intègre dans la cartographie mentale de la ville. C’est le signe qu’un monument public réussit : il n’appartient plus seulement à ceux qui l’ont érigé, mais à ceux qui vivent avec lui.

Lambert Mwamba 

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