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Sexisme à l’Assemblée : Mboso s’excuse, Boji applaudit, mais la honte reste-t-elle ?
By GéantRadio
Published on 21/05/2026 15:51
POLITIQUE

L’Assemblée nationale congolaise a été le théâtre d’un incident verbal qui a rapidement dépassé l’hémicycle pour susciter un débat national sur le respect et la représentation des femmes dans la vie publique. Le député Christophe Mboso, figure expérimentée de la chambre basse, a suscité des réactions vives après des déclarations jugées sexistes tenues lors d’une séance plénière. 

Face à la polémique, l’élu a choisi de désamorcer la tension en retirant publiquement ses propos et en présentant des excuses officielles aux députés, aux femmes congolaises et à l’opinion nationale. Ce revirement a marqué une pause dans l’escalade verbale et a ouvert la voie à un appel au sens des responsabilités au sein de l’institution parlementaire.

Les faits remontent à une séance consacrée à l’examen de questions d’actualité. Dans le feu des échanges, Christophe Mboso a tenu des remarques à l’endroit d’une collègue qui ont été immédiatement perçues comme dévalorisantes et contraires aux principes d’égalité en vigueur au Parlement. 

L’intervention, captée et relayée sur les réseaux sociaux, a provoqué une vague d’indignation parmi les organisations de la société civile, plusieurs associations de défense des droits des femmes et une partie de la classe politique. Pour beaucoup, ces propos rappelaient la persistance de stéréotypes de genre qui freinent encore la pleine participation des femmes aux instances décisionnelles.

Au-delà du cas individuel, l’épisode a remis sur la table la question de l’éthique du discours politique et de la responsabilité des élus dans l’espace public. L’Assemblée nationale, en tant que première institution représentative, est attendue sur un standard d’exemplarité, ont souligné plusieurs observateurs.

Confronté à la réprobation générale, Christophe Mboso est revenu à la tribune pour clarifier sa position. Il a déclaré retirer ses déclarations et a présenté des excuses sans ambiguïté, reconnaissant que ses mots avaient dépassé sa pensée et heurté la dignité des femmes présentes et absentes de l’hémicycle.

« Il ne m’appartient pas de blesser par le verbe l’institution que je sers et les citoyens que je représente », a-t-il indiqué, insistant sur sa volonté de préserver la sérénité des débats parlementaires. Ce mea culpa a été prononcé en séance plénière, devant l’ensemble des députés, afin de donner une portée officielle à la démarche.

Le président de la chambre basse du Parlement, Aimé Boji Sangara, a immédiatement salué ce geste. Pour lui, ce retrait et ces excuses constituent une manifestation concrète de responsabilité et d’humilité institutionnelle. Il a rappelé que la force d’une démocratie se mesure aussi à sa capacité d’autorégulation et de correction lorsque les limites du débat républicain sont franchies.

Aimé Boji Sangara a profité de l’occasion pour réaffirmer l’engagement de l’Assemblée nationale en faveur du respect mutuel, de la parité et de la courtoisie dans les échanges. Il a appelé l’ensemble des députés à veiller au langage utilisé, rappelant que chaque mot prononcé dans l’hémicycle engage non seulement son auteur, mais aussi l’image de l’institution.

Au-delà de l’incident, cet épisode illustre la manière dont une institution peut gérer en interne une crise de communication. Le choix de la désescalade par la reconnaissance de l’erreur évite la judiciarisation et préserve la fonction législative de paralysie. Il envoie également un signal clair aux jeunes élus et à l’opinion : la parole publique ne peut être déconnectée des devoirs de retenue et de respect.

Des acteurs de la société civile ont accueilli favorablement les excuses tout en rappelant que le geste doit s’accompagner d’une vigilance continue. Pour eux, la lutte contre le sexisme au Parlement passe par la formation, l’application stricte du règlement intérieur et la promotion d’un leadership féminin plus visible dans les postes de responsabilité.

Sur le plan politique, l’affaire semble close pour l’instant. L’Assemblée nationale peut ainsi recentrer ses travaux sur les dossiers législatifs en attente, notamment ceux liés au budget, à la sécurité et à la réforme institutionnelle. Mais l’incident laisse une trace utile : il rappelle que la légitimité d’un élu se construit aussi dans la manière de parler de l’autre.

Cet événement met en lumière un enjeu plus structurel : l’évolution des pratiques parlementaires vers une culture plus inclusive. La présence croissante de femmes élues impose une adaptation du langage, des procédures et des usages de l’hémicycle. Plusieurs parlements à travers le monde ont adopté des codes de conduite et des mécanismes de sanction interne pour prévenir ce type de dérapages.

En RDC, le débat reste ouvert sur l’opportunité d’institutionnaliser de tels dispositifs. L’incident Mboso pourrait servir de catalyseur pour une réflexion collective sur la modernisation du règlement intérieur et la mise en place d’un comité d’éthique parlementaire doté de prérogatives claires.

En attendant, le retrait des propos et les excuses présentées par Christophe Mboso, validées par le président Aimé Boji Sangara, offrent un précédent. Il montre qu’au sein même de l’Assemblée, l’humilité et la responsabilité peuvent l’emporter sur la logique d’affrontement. 

Yves Sayo 

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