Le groupe brassicole néerlandais a officiellement mis un terme à sa présence industrielle directe en République démocratique du Congo.
Cette décision s’est concrétisée par la cession de sa participation majoritaire dans Brasseries, Limonaderies et Malteries (Bralima) à ELNA Holdings Ltd, entité enregistrée à Maurice.
L’opération constitue un tournant historique pour Bralima, figure emblématique du paysage brassicole congolais depuis sa création en 1923. Entrée dans le giron du groupe néerlandais en 1986, la société était jusqu’ici détenue majoritairement par ce dernier.
Désormais, ELNA Holdings Ltd reprend l’intégralité du périmètre opérationnel de Bralima. Cela comprend la production sur l’ensemble des sites, les circuits de distribution nationaux, la chaîne logistique ainsi que la gestion des ressources humaines. Le montant et les modalités financières de l’accord n’ont pas été communiqués par les parties.
Malgré la cession de ses actifs industriels, le groupe néerlandais conserve la pleine propriété de son portefeuille de marques. Les bières emblématiques telles que Primus, Turbo King, Legend et Mutzig resteront commercialisées sur le marché congolais.
Leur exploitation se poursuivra dans le cadre d’accords de licence à long terme conclus avec le repreneur. Cette structure permet au groupe de préserver sa visibilité commerciale et la notoriété de ses produits auprès des consommateurs congolais, tout en se désengageant de la gestion opérationnelle directe.
Selon Guillaume Duverdier, président de la région Afrique et Moyen-Orient du groupe, cette réorientation répond à une volonté stratégique claire. L’objectif est de privilégier un modèle d’exploitation plus ancré localement, reposant sur des partenaires implantés, et de réduire la dépendance du groupe aux actifs détenus en propre sur des marchés jugés complexes.
Ce retrait intervient dans un climat de fortes tensions sécuritaires ayant directement affecté les activités de Bralima ces derniers mois. En février 2025, les installations situées à Bukavu ont été la cible de pillages, survenus après le repli des forces de sécurité congolaises face à la progression des rebelles de l’AFC/M23 dans l’est du pays.
La situation s’est encore dégradée en juin 2025. Le groupe a alors annoncé avoir perdu le contrôle opérationnel de ses sites de Bukavu et Goma, occupés par des groupes armés. Ces événements ont entraîné l’arrêt des activités et rendu la gestion des usines impossible.
Dès novembre 2024, des premiers signes de désengagement étaient apparus. La brasserie de Goma avait été cédée pour un euro symbolique à un autre investisseur mauricien. Le groupe néerlandais avait toutefois conservé une option de rachat valable trois ans, activable en cas de stabilisation de la situation sécuritaire dans la région.
La transaction annoncée cette semaine porte sur les trois sites de production encore sous contrôle : Kinshasa, Boma et Mbandaka. Ces trois brasseries emploient actuellement environ 731 collaborateurs.
L’accord de cession prévoit le transfert de l’ensemble du personnel à ELNA Holdings Ltd. Le repreneur mauricien devient ainsi le nouvel employeur et assure la continuité des opérations industrielles et commerciales sur ces trois sites stratégiques.
Avec cette cession, le groupe brassicole néerlandais clôt près de quatre décennies de présence industrielle directe en RDC, initiée en 1986. Il tourne la page d’un modèle d’intégration verticale au profit d’un partenariat axé sur la propriété intellectuelle et la licence de marques.
Cette opération redessine le paysage concurrentiel du secteur brassicole en RDC. Bralima, acteur historique fondé il y a plus de 100 ans, passe sous pavillon mauricien mais continue de produire les marques qui ont fait sa réputation.
Pour le groupe néerlandais, la démarche s’inscrit dans une tendance plus large de recentrage des multinationales. Face à l’instabilité et aux risques opérationnels élevés dans certaines régions, le modèle d’"asset-light" via licences devient une alternative privilégiée pour conserver des parts de marché sans exposition industrielle directe.
Yves Sayo