Le climat social reste tendu à la Société nationale d’électricité (SNEL). Jeudi 9 avril, plusieurs centaines d’agents ont organisé un mouvement de protestation devant le siège de la direction générale, à Kinshasa, pour marquer leur opposition ferme au projet de restructuration visant à scinder l’entreprise publique en plusieurs entités.
Les manifestants dénoncent une réforme qu’ils jugent imposée et porteuse de risques majeurs pour l’avenir de la société et la sécurité d’emploi du personnel. L’accès aux bureaux de la direction générale a été barricadé pendant plusieurs heures, entraînant une perturbation significative des activités administratives.
Au cœur de la contestation : un plan de réforme qui prévoit le démembrement de la SNEL en trois sociétés distinctes, chacune dédiée à un segment de la chaîne électrique :
- La production d’énergie électrique
- Le transport sur le réseau haute tension
- La distribution auprès des consommateurs finaux
Selon Samuel Kaya Kinzonzi, président de la délégation syndicale de la SNEL, une quatrième structure serait également envisagée. Elle serait chargée spécifiquement de la gestion des immobilisations de l’entreprise.
La délégation syndicale pointe du doigt la méthode employée pour élaborer cette réforme. D’après M. Kaya Kinzonzi, le projet découle d’une étude conduite par des experts de la Banque mondiale, en étroite collaboration avec le Conseil d’administration de la SNEL.
Le banc syndical déplore de ne pas avoir été associé à ces travaux préparatoires, alors qu’il est reconnu comme partenaire social de l’entreprise.
« Ils veulent envoyer ce projet au gouvernement pour démembrer la SNEL. C’est cela qui crée la tension », a déclaré Samuel Kaya Kinzonzi devant les agents mobilisés. Pour les représentants des travailleurs, cette démarche unilatérale ignore les réalités opérationnelles du terrain et met en péril la cohésion de l’entreprise.
Les agents et leurs représentants expriment plusieurs inquiétudes majeures :
- Risque d’éclatement de l’outil de production : La séparation des métiers pourrait, selon eux, nuire à la coordination technique et commerciale indispensable à la fourniture d’électricité.
- Menace sur l’emploi : Le personnel redoute des suppressions de postes ou une précarisation des statuts lors du transfert vers les nouvelles entités.
- Avenir des avantages sociaux : Les syndicats craignent une remise en cause des acquis obtenus au fil des années au sein d’une SNEL unifiée.
- Perte de synergie : L’intégration verticale actuelle permet une mutualisation des moyens. La scission pourrait générer des coûts de structure supplémentaires.
Face à ce qu’il qualifie de « passage en force », le banc syndical sollicite désormais l’arbitrage direct du Président de la République. L’objectif : obtenir la suspension immédiate du processus de démembrement et l’ouverture d’un dialogue inclusif. Les représentants des travailleurs plaident pour des réformes qui modernisent la SNEL tout en préservant son unité structurelle.
Du côté de la hiérarchie, aucune réaction officielle n’a été enregistrée à l’issue de la journée de protestation. La délégation syndicale reproche à la direction générale et aux consultants impliqués de vouloir appliquer les conclusions de l’étude sans concertation préalable avec les agents.
Si la paralysie des activités est restée temporaire à la direction générale, les agents affirment rester mobilisés. Ils conditionnent la reprise d’un climat social apaisé à la prise en compte de leurs revendications et à l’instauration d’un cadre de discussion tripartite : gouvernement, direction et partenaires sociaux.
Yves Sayo