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Face à Bosembe, Muyaya assume : "Interdire TikTok c’est punir les Congolais intelligents"
By GéantRadio
Published on 14/08/2026 08:29
SOCIÉTÉ

Le feuilleton TikTok en République démocratique du Congo entre dans une phase de tension ouverte. D’un côté, le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication menace de fermer l’application. De l’autre, le gouvernement, par la voix de Patrick Muyaya, ministre de la Communication et porte-parole, plaide pour une régulation ciblée. Entre impératif de sécurité et droit d’accès à l’information, Kinshasa cherche l’équilibre.

Depuis plusieurs semaines, le président du CSAC, Christian Bosembe, multiplie les mises en garde. La raison : la circulation sur TikTok de vidéos de propagande attribuées à des groupes armés actifs dans l’est du pays, mais aussi de contenus jugés violents, haineux ou contraires à l’éthique.

Face à l’inaction supposée de la plateforme, le régulateur a évoqué publiquement la possibilité la plus radicale : aller jusqu’à la fermeture de TikTok sur le territoire congolais si des mesures correctives ne sont pas prises rapidement. 

Cette sortie a immédiatement fait réagir. Pour le CSAC, l’enjeu est de protéger l’ordre public et de responsabiliser les plateformes numériques qui, selon lui, laissent prospérer des dérives sans modération efficace en français, lingala et swahili.

À rebours de cette ligne dure, Patrick Muyaya défend une approche de gradation. Pour le ministre, couper l’accès à TikTok reviendrait à sanctionner l’ensemble des utilisateurs pour les abus d’une minorité.

« Avec le président Félix-Antoine Tshisekedi, nous avons fait le choix de la démocratie. Si nous décidons d’interdire TikTok, nous pénaliserons ceux qui utilisent TikTok de manière intelligente », a-t-il déclaré.

L’argument du gouvernement repose sur trois piliers. 

1. La liberté d’expression : le choix démocratique assumé par le pouvoir implique de ne pas recourir à l’interdiction sauf en dernier ressort.

2. L’impact économique et social : TikTok est devenu un canal majeur pour les jeunes créateurs, les médias, les ONG et les petites entreprises qui l’utilisent pour informer, vendre et se faire connaître.

3. L’efficacité : une fermeture serait contournable via VPN et risquerait de déplacer le problème plutôt que de le résoudre.

En quelques années, la plateforme est passée du statut d’application de divertissement à celui d’infrastructure d’information. 

À Kinshasa comme à Lubumbashi, Kolwezi, Goma ou Mbuji-Mayi, journalistes, activistes, artistes et commerçants utilisent TikTok pour atteindre un public jeune, mobile et largement connecté. Des campagnes de sensibilisation sur la santé, l’éducation civique ou l’entrepreneuriat y trouvent aussi une audience que la télévision et la radio n’atteignent plus aussi facilement.

Fermer TikTok, c’est donc toucher un écosystème entier. C’est ce risque de dommages collatéraux que le ministère de la Communication veut éviter.

Le CSAC insiste sur l’urgence sécuritaire. La diffusion de contenus de propagande armée sur une application virale pose une question de souveraineté et de cohésion nationale, particulièrement dans un contexte de conflit à l’Est.

Le gouvernement, lui, met en avant le principe de proportionnalité. Plutôt qu’une interdiction, il privilégie la pression diplomatique et technique sur TikTok pour obtenir un renforcement de la modération, le retrait accéléré des contenus illicites et une meilleure coopération avec les autorités congolaises.

Aucune décision de fermeture n’a été actée à ce stade. Plusieurs pistes sont évoquées dans les couloirs du pouvoir :

- Renforcer le dialogue avec TikTok : exiger un bureau de représentation ou un point de contact pour les demandes de retrait urgentes.

- Campagnes de sensibilisation : éduquer les utilisateurs aux bons usages et au signalement des contenus dangereux.

- Sanctions ciblées : bloquer des comptes identifiés plutôt que toute la plateforme.

Le CSAC garde toutefois la main sur le bouton. Si la plateforme ne réagit pas, la menace de suspension reste crédible.

La position congolaise est observée au-delà des frontières. Plusieurs pays africains ont déjà suspendu temporairement TikTok ou d’autres réseaux lors de crises. D’autres ont choisi la voie de la régulation.

En choisissant de défendre l’usage "intelligent" de TikTok, Patrick Muyaya inscrit la RDC dans le camp des États qui tentent de concilier sécurité et ouverture. Reste à savoir si cette stratégie suffira à convaincre le régulateur et à obtenir de la plateforme des engagements concrets dans les prochaines semaines.

Yves Sayo 

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