Ads
Jean-Marc Kabund : de la rupture à la structure, deux ans pour exister sans se diluer
By GéantRadio
Published on 17/04/2026 23:01
POLITIQUE

Le 24 avril 2024, Jean-Marc Kabund lançait officiellement l’Alliance pour le Changement à Kinshasa. Ancien président a.i de l’UDPS et ex-premier vice-président de l’Assemblée nationale, il quittait alors la majorité pour incarner une ligne d’opposition dite « républicaine et intransigeante ». 

L’objectif revendiqué depuis le premier jour est de défendre la gouvernance, la justice sociale et l’État de droit. En 24 mois, l’A.Ch est passée de jeune formation à acteur reconnu du débat politique national, avec une parole qui compte sur les grands dossiers du pays.

Le parti revendique aujourd’hui une présence dans 20 des 26 provinces de la RDC.  Du Haut-Katanga au Kongo Central, l’A.Ch a ouvert des fédérations et multiplié les adhésions, avec une dynamique particulièrement visible en milieu urbain.  

Son discours s’articule depuis 2024 autour de trois axes majeurs. D’abord la lutte contre la corruption et les détournements de fonds publics. Ensuite la défense des droits humains et des libertés publiques face aux restrictions. Enfin la réforme des institutions, avec un accent mis sur l’indépendance et la crédibilité de la CENI.

L’image de Jean-Marc Kabund reste l’atout principal du parti. Ses prises de position contre la révision constitutionnelle, l’insécurité dans l’Est et la hausse du coût de la vie ont marqué les deux dernières années et rythmé l’actualité politique. Incarcéré entre 2022 et 2023, il est perçu par sa base comme le symbole d’une opposition qui refuse le compromis.  

Cette posture clivante lui assure une forte visibilité médiatique, même si elle complique parfois les rapprochements avec d’autres forces de l’opposition congolaise. Le parcours de l’A.Ch est jalonné de temps forts depuis sa création.  

En juillet 2024, le parti organisait sa première grande mobilisation à Kinshasa, réunissant plusieurs milliers de militants dans la capitale. En décembre 2024, l’Alliance pour le Changement participait aux élections législatives et obtenait une dizaine de sièges à l’Assemblée nationale, officialisant son entrée dans les institutions.  

Mars 2025 marquait le lancement de la campagne « Rendez-nous notre dignité », centrée sur le pouvoir d’achat et la transparence dans le secteur minier.  Plus récemment, en janvier 2026, le parti déposait un mémorandum sur la crise sécuritaire à Goma et Bunia, exigeant la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire sur la gestion du conflit.

Face à une opposition congolaise souvent divisée et minée par les querelles de leadership, l’A.Ch refuse pour l’heure toute fusion. Le bureau politique préfère parler de « convergences d’actions » ponctuelles, notamment sur la loi électorale, l’audit des finances publiques ou la réforme de la CENI.  

Le pari du mouvement est clair : rester lisible sur ses fondamentaux idéologiques pour ne pas perdre ses militants dans des coalitions jugées opportunistes ou illisibles par la population. Souffler deux bougies ne garantit pas l’ancrage politique sur le long terme. Pour espérer peser lors des échéances de 2028, l’Alliance pour le Changement identifie trois chantiers prioritaires.  

Le premier chantier concerne la formation des cadres du parti. L’objectif est de limiter la transhumance politique en consolidant une idéologie commune et une discipline interne forte.  Le deuxième défi est de sortir de Kinshasa. L’A.Ch veut renforcer sa présence médiatique et militante en provinces, au-delà des réseaux sociaux et des grandes villes.  

Le troisième axe est de chiffrer son programme. Le parti doit passer du discours de dénonciation à des propositions concrètes, notamment sur l’emploi des jeunes et la relance du secteur agricole.Pour plusieurs observateurs de la scène politique, l’A.Ch a franchi la « période de test » des deux ans, souvent fatale aux nouveaux partis en RDC.  

Sa capacité à mobiliser lors des journées ville-morte et à interpeller directement le gouvernement lui confère aujourd’hui une légitimité d’opposant. La question reste cependant entière : Jean-Marc Kabund pourra-t-il élargir sa base électorale au-delà de l’électorat urbain et kasaïen pour viser un poids politique national ?

Le 24 avril 2026 marque donc un point d’étape plus qu’une consécration pour l’Alliance pour le Changement. Les débats à venir sur la loi électorale et sur le budget 2027 seront un véritable test de maturité politique pour l’A.Ch et ses députés.  

Entre enracinement durable dans le paysage politique et risque de rester un simple parti d’indignation, la troisième année s’annonce décisive pour l’avenir du mouvement et de son leader. L’année qui s’ouvre dira si l’A.Ch peut transformer l’essai.

Yves Sayo 

Comments
Comment sent successfully!

Chat Online