Autrefois, il faisait battre le cœur de Mbuji-Mayi. Aujourd’hui, il fait honte à toute une province. Le stade Kashala Bonzola, ex-fierté du Kasaï-Oriental, n’est plus qu’un cadavre de béton livré aux herbes, aux pluies et à l’oubli.
Le portail rouillé tient à peine debout. Les guichets sont éventrés. Les inscriptions effacées par le temps et l’indifférence. Le visiteur ne pénètre pas dans un stade. Il entre dans un cimetière du sport congolais.
Les tribunes se fissurent, se détachent, s’écroulent. Des morceaux de béton jonchent le sol. S’asseoir relève du courage ou de l’inconscience. La sécurité des spectateurs n’existe plus. Elle a été enterrée avec la maintenance.
Parler de "pelouse" est un abus de langage. C’est un champ abandonné. Trous béants, herbes hautes, flaques stagnantes de la pluie. Difficile de jouer plus au ballon. On évite les entorses. 
La toiture a disparu depuis quelques années. Les vestiaires n’ont plus de portes, plus d’eau, plus d’électricité, les sanitaires sont des foyers d’infection.
SM Sanga Balende, AS Bantous, FC Océan Pacifique et autres sont devenus des SDF sportifs. Ils reçoivent à Kinshasa, à Lubumbashi, à Kipushi où encore Likasi. Des centaines de kilomètres pour jouer "à domicile" les Coûts explosés. Supporters orphelins. Résultats en chute libre.
Un match de Linafoot, c’était 10 000 à 20 000 personnes. Vendeurs d’eau, de brochettes, de maillots, taxis-motos, hôtels. Tout un écosystème vivait du stade. Aujourd’hui, ce sont des milliers de revenus volatilisés chaque week-end.
Où se forment les jeunes ? Où repérer les talents ? Les écoles de football ferment. Les tournois scolaires disparaissent. Le stade devait être un ascenseur social, Il est devenu le symbole d’une jeunesse sans perspective, livrée à elle-même.
Plus de compétitions nationales, plus de matchs CAF et plus de visibilité. La FECOFA délocalise systématiquement La province, pourtant réservoir historique de talents, est désormais une zone morte pour le sport d’élite.
Le stade est propriété du gouvernement central, l’entretien devrait relever du ministère des Sports. Sur place, le gouvernement provincial se dit "impuissant", faute de rétrocession et de moyens. Résultat : personne ne fait rien. Et le béton continue de mourir.
Chaque campagne électorale ressuscite Kashala Bonzola dans les discours. "Réhabilitation imminente", "Financement débloqué", "Travaux dans 3 mois". Des années passent, les herbes poussent et le mensonge, lui, est bien entretenu.
Réhabiliter coûte cher, oui mais combien coûte l’exil permanent des clubs ? Combien coûte la délinquance d’une jeunesse désœuvrée ? Combien coûte la perte d’identité d’une province entière ? L’inaction est le choix budgétaire le plus ruineux.
Lubumbashi a le TP Mazembe, Kinshasa a le Stade des Martyrs et Tata Raphaël, Lualaba, Kindu, Goma, Bukavu investissent. Mbuji-Mayi, capitale mondiale du diamant, n’est pas capable d’offrir une pelouse synthétique à ses enfants. Le contraste est violent et Insultant.
Un stade n’est pas un luxe. C’est un outil de cohésion, d’éducation, de santé publique. Le laisser mourir, c’est envoyer un message clair à la jeunesse : vous ne comptez pas. Le retour de bâton sera social, et il sera brutal.
Selon une source le diagnostic est fait depuis 10 ans. Les études dorment dans les tiroirs. Ce qu’il manque n’est pas l’expertise. C’est la volonté politique et la fin de l’impunité dans la gestion des infrastructures publiques.
Si rien n’est fait d’ici 12 mois, que l’État ait le courage de dire la vérité : Kashala Bonzola est mort. Qu’on cesse de mentir aux supporters. Qu’on arrête de faire espérer les clubs. Le Kasaï-Oriental mérite mieux que des ruines et des discours.
Ne pas réhabiliter Kashala Bonzola, c’est choisir d’enterrer le sport au Kasaï-Oriental. C’est choisir de priver une génération de rêve, de cadre, de fierté. L’histoire retiendra les noms de ceux qui ont laissé mourir le joyau. Elle retiendra aussi, peut-être, ceux qui auront eu le courage de le ressusciter. L’heure n’est plus aux constats. Elle est aux actes. Ou aux aveux d’échec.
Lambert Mwamba/ Rédaction